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lundi 13 mars 2017

Absence


Tout semble identique et pourtant tout est différent. 

Il y a la brûlure au bras, un accident de fer à repasser mercredi. Elle justifie le cœur au bord des larmes en permanence depuis que tu es loin.
Une brûlure au bras et une brûlure au cœur.

Il y tout ce qui est toujours là et toi qui n’y es plus.
Il y a tes derniers mots en moi et ceux que tu as dis à ton père sur le quai de la gare : prends soin de maman, surtout.

Syndrome du nid vide qui donne des vertiges.

Mon bel enfant, mon fils chéri, si tu es heureux, je m’efforcerai de l’être ou de faire un peu semblant, pour toi.




mardi 23 août 2016

Le dire ou le taire...


Le 29 juillet je vous écrivais que je ne pouvais guère bouger à cause de problèmes récurrents. Il s'agissait bien sûr de soucis de santé divers qui même s'ils ne me paraissaient pas vraiment graves, étaient suffisamment pénibles pour que je les évoque.

Le 13 juin j'étais allée passer un examen dans un centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelles étant entendu que cet examen accompagné d'un « traitement », serait suivi d'une visite de contrôle le 18 août.

Le centre le 13 juin : c'est ce bloc de béton gris tout au fond
C'est peu dire que ce jour-là le ciel m'est tombé sur la tête. D'abord la jeune toubib m'a dit qu'elle m'avait prescrit cette électrothérapie pour faire plaisir à mon urologue qui avait l'air d'y tenir mais qu'elle avait été immédiatement persuadée (après l'examen de juin) qu'il n'aurait aucun effet. Et puis elle m'a annoncé froidement que j'étais atteinte d'une maladie neurologique dégénérative. Comme ça, paf, prends-ça dans les dents.

En dehors du signe urologique, il y en a évidemment d'autres que la rhumatologue minimisait depuis au moins deux ans.

Je ne sais pas ce que j'ai mais je pense depuis longtemps à la maladie de Parkinson à cause de mes photos floues (qu'il me semble avoir déjà évoquées ici).

Quand j'ai demandé à la gamine si ça pouvait être ça, elle m'a répondu d'un ton infiniment las, vous savez, il y en a tellement des maladies neurologiques...

Il n'empêche que mon problème vésical est la plupart du temps associé à cette cochonnerie.

Elle a été vexée d'une part que je refuse une intervention urologique particulièrement lourde et d'autre part que je refuse également de faire pratiquer des examens approfondis à 150 km de chez moi alors que bien orientée, je pourrais tout aussi bien les faire faire beaucoup plus près.

Il faut dire qu'aujourd'hui les hôpitaux ne gardent plus les patients, ils arrivent le matin et ils repartent le soir quelque soit leur état, allez ouste du balai ! Au suivant !
Partir le matin à 5 h 30 pour être sur le pont à 8 h et être virée en fin d'après-midi ou de soirée avec la route à refaire, je ne m'y vois pas surtout dans l'état d'anxiété où je me trouve.

Elle m'a quand même promis de m'adresser un courrier à remettre  à un neurologue de mon choix puisque je ne veux pas du sien ni de son hôpital à bout de brousse. A ce jour je ne l'ai pas encore reçu.

J'ai donc pris rendez-vous jeudi avec ma généraliste, qui je l'espère, saura à la fois me rassurer un minimum (je ne demande pas la lune non plus) et me conseiller efficacement.

Vue du centre, le 18 août.

C'est donc pas la joie dans les chaumières mes p'tits chéris, en vérité je vous le dis...


Et pour mademoiselle Lynxxe :

 

lundi 8 août 2016

Barbouillage et peinturage


Si j'aime bien dessiner au graphite,  je préfère de loin barbouiller.
Je m'installe dans la véranda, je mets un CD dans le bousin et j'y vais. Je n'y vais pas vite, j'y vais à mon rythme, ça peut prendre des jours ou des semaines, ça dépend, mais ça me vide la tête. C'est un peu comme  le jardinage, les pensées sont toujours présentes mais elles trottinent gentiment, on pourrait dire qu'elles butinent).

Je n'ai aucune technique, pas plus de talent et encore moins de style. Alors quand on n'a rien de tout ça, on reproduit ceux qui en ont (de la technique, du talent et du style). Il paraît qu'à force, ça peut s'attraper quelque chose peut se passer.

(Je pourrais peindre ce que je dessine  mais je n'arrive jamais à rien de potable, je ne parviens  pas à mettre en couleurs correctement, c'est soit fadasse soit gueulard). 

Il y a des dizaines de peintres que j'aime mais à mon niveau, il faut que je reste modeste. Ce n'est pas demain que je pourrais reproduire un Vermeer par exemple.

Il me faut donc choisir à la fois un tableau simple et un sujet qui me plaise. J'aime bien peindre les corps, les corps des femmes particulièrement mais peindre le nu n'est pas simple quoi qu'on puisse en penser.  Les fringues ça aide. Et puis j'apprécie aussi une forme de fantaisie et que ces corps même vêtus provoquent le sourire. Botéro fait très bien ça, Tamara Łempicka dans un autre genre et à une autre époque aussi.

Bref, j'avais trouvé il y a quelques années une petite image de danseurs de tango qui m'avait enthousiasmée et dont le style ressemblait un peu à celui de Fernando. Je m'étais toujours dit que je la reproduirais à cause des gros seins, des gros culs et des grosses cuisses. 

Si dans la vie je fais des tonnes d'efforts (avec du mal, hein) pour ne pas gagner de centimètres sur les deux seconds en revanche les gros seins pour moi c'est un pur fantasme (le tango aussi...). On ne la ramène pas quand on n'a jamais taillé plus grand que 85 a. Donc j'aime que « mes » nanas aient des gros seins (et si le modèle en possède de petits, en deux ou trois coups de pinceau ça peut s'arranger), c'est une forme de revanche !

Ma copie :

Peinture acrylique - toile coton 50 x 50 sur châssis

La toile du tanguero et de sa poule s'appelle  "Tango rouge". L'artiste est une
jeune chinoise qui se nomme Yuato.
(je l'ignorais quand j'ai trouvé la petite image mais Google image est mon ami).

-:-:-

 Et puis quand  ça inonde il pleut, la peinture ça fait passer le temps.







jeudi 26 mai 2016

Jane R


Lorsque ça ne va pas très bien dans ma petite vie toute pourrie, je relis. Ça ne me demande aucun d'effort, c'est un peu comme suçoter un  bonbon retrouvé au fond de la poche d'un vieux manteau qu'on porte juste pour sortir sous la pluie.

Il y a dans mes réserves un certain nombre de bouquins totalement régressifs mais la palme d'or revient sans conteste à Charlotte Brontë et à son Jane Eyre.


Je l'avais découvert très tard. J’ai souvent fait les choses très tard pour mon âge.

C’était en 1973, un dimanche après-midi et j’étais à l’hôpital où ma mère finissait sa vie avec deux copines qui en faisaient autant. Deux copines dont Mireille, une femme à femmes qui n’avait jamais de visites en fin de semaine. Son amoureuse ne savait pas conduire et les transports en commun jouaient relâche le week-end.

En ce dimanche d’hiver, il y avait foule autour de ma très douce et de son autre complice palliative. Mireille était seule sur son lit, à vaguement regarder la télévision. J'étais allée m’allonger près d’elle, elle avait posé sa tête dans le creux de mon épaule et elle m’avait dit très bas, des étoiles dans les yeux : regarde, c’est Jane Eyre…
On avait branché nos écouteurs et c’est là que tout avait commencé.

C’était le JANE EYRE de Robert Stevenson (1944) avec Orson Welles ! J'avais 23 ans, je savais déjà que j’aimais les enveloppés et les torturés aux visages de brutes épaisses mais quand j’ai vu ORSON WELLES dans le rôle d’Edward Rochester, je suis tombé raide dingue de cet homme-là. Surtout à la fin, quand il est défiguré.





Mireille flashait plutôt sur Joan Fontaine, chacune ses goûts, mais l’ensemble, l’histoire en elle-même, Mireille dans mes bras, Orson, les images en noir et blanc, l'incroyable tendresse palpable autour de nous, tout ça m’avait donné un amour définitif et indéfectible pour cette Jane Eyre-là.
Ça, c’était le film.

(Il me faut ajouter aussi, que le patronyme de l'héroïne, Eyre comme erre n'est-ce-pas, me correspondait tout à fait, perdue comme je l'étais à cette époque ; accompagner un être cher sur son chemin d'errance définitive durant des mois et au delà du chagrin,  est  très déstabilisant. D'ailleurs quand Mireille avait prononcé "c'est Jane R", j'avais entendu " Jane erre".)

Quelques années plus tard alors que je n'y pensais plus, je trouve le livre dans une brocante. Case émotion réactivée. J'achète, je lis. Et c’est une révélation. Je découvre le sens du mot mille fois employé, galvaudé etc. : Érotisme. Regards qui disent ce que la bouche ne peut révéler sans outrage, mains qui se frôlent, désir suggéré.
(Et puis Jane était très moche et a priori elle n'attendait aucun prince  donc il y avait eu aussi une forte identification personnelle).

Bref Jane EYRE, c’est mon « Rosebud » à moi.


Et je viens donc de m'en resservir une larme.

vendredi 20 novembre 2015

Pour détendre l'atmosphère : Nous deux G.G...


Durant presque 20 ans je suis allée en vacances à Belle-Ile en mer avec ma nucléaire famille.
On n'a jamais fait les choses à moitié chez nous, quand on aime, on ne compte pas. Donc : Février, Pâques, Été et Toussaint : direction l'île.
Au début, on louait une maison. Les enfants étaient  petits. J'avais encore le sourire.



Mon mari faisait du catamaran. Pendant que je m'occupais des enfants il sauvait les ophélies au bord de la noyade.

Mais le mari qui avait traîné ses tongues dans tous les pays dorés qu'offre le Club Med avec sa première légitime, s'était découvert sur le tard un goût pour la sauvagerie. Il avait reçu sans que je m'en rende compte une seconde l'Appel de la forêt.
Les hommes sont curieux. Quand ils ont vraiment envie de quelque chose et qu'ils n'osent pas se l'acheter seuls, ils nous l'offrent.
"C'est pour toi, prends, je te le donne". Un terrain boisé de 5000 m2 sur l'île, oui-oui, visité en saison sèche. Saules marsault, ajoncs, ronces et marigot en contrebas. Je le méritais bien. J'étais sa préférence à lui parce que moi je ne ressemble à personne.


En souvenir du bon temps (le sien), de ses auberges de jeunesse (après guerre...), "on" a décidé qu'une maison pour les vacances au fond, ce n'était pas vraiment utile  et que le retour à la vie de trappeur il n'y avait que ça de vrai.
Camping !
Lors du premier séjour (en saison humide) j'avais éclaté en sanglots devant l'ampleur du boulot.
Nos vacances en amoureux se passaient à débroussailler,  abattre, élaguer, brûler. Quand les gosses étaient là (les miens plus neveux et nièces la plupart du temps) on leur filait 20 centimes par pied de ronce arraché. Ils étaient vite devenus riches.





Il avait fallu que je relise vite fait mon Robinson Crusoë parce que nous les femmes, on n'a pas ce fantasme-là, les bois des îles. On cuisine et on lave le linge à la main dans les bois. Et il y en avait du linge. Nos terres étaient noires, les fringues étaient noires.
Pas épaisse la terre, 5 cm à peine et dessous le rocher. Aucune possibilité de se vautrer dans la boue en attendant la mort. Qu'est-ce qu'on mange ? Des grillades. 

Encore, tu rigoles ? Est-ce que j'en ai l'air ? Oui tu comprends, il fait un peu frais ce soir, j'aurais bien pris de la soupe. De la soupe ! Tu vas à l'épicerie mon bel oiseau et tu t'achètes une Liebig, je ne vois que ça.
Parfois mes hommes auraient également souhaité une tarte aux pommes ou un un poulet rôti. Le mari a même envisagé un jour ou deux de "me" construire un four néolithique pour alléger mes tâches. J'ai décliné l'offre. J'aurais sûrement dû fabriquer en plus la vaisselle had hoc pendant mes loisirs.

J'en avais marre. Quand il pleuvait, on devait rejoindre les tentes avec des palmes et les braises étaient inutilisables. Oui, tu comprends on mange encore froid.


Pendant que je vaquais à mes occupations robinsoniques le mari voguait sur son catamaran. Il sauvait les Ophélies au bord de la noyade (bis). 

Au fil du temps les gamins avaient fait des châteaux de sable, de la planche à voile, de la plongée, ils s'étaient initiés au flirt et peut-être davantage qu'en sais-je.






Moi je rêvais du catalogue Darty. 



 Pendant que je vaquais à mes occupations robinsoniques  le mari voguait sur son catamaran. Il sauvait les Ophélies au bord de la noyade (ter). 


Un jour j'ai dit : ça suffit. Terre ferme. Maison. Marie appelle maison. Ou plutôt : cantine-laverie.
Il y avait plein de laveries sur l'île où tous les navigateurs à l'escale venaient décrasser leurs nippes. Comme les marins devaient repartir avec la marée, ils étaient prioritaires. Les mères épuisées passaient après les marins. Des journées entières dans les arbres à la laverie.

Belle-Ile était déjà branchée. Quand je revenais des courses chargée comme une mule, il m'arrivait de croiser Mademoiselle Mireille (Mathieu), Monsieur Laurent (Voulzy), Monsieur Alain (Souchon), Monsieur Yvan (Levaï), Monsieur Gérard (Lavilliers) Madame Claire (Brétecher), Monsieur Le Pinsec  et même Monsieur François (Mitterrand) un jour et de loin...
Tout ça pour dire que trouver une cantine pas chère relevait du miracle. Il eut lieu, Dieu soit loué dans son infinie bonté. Le Forban à Palais. Pizzeria, pâtes à toutes les sauces, salades composées, bavette à l'échalote, frites, soupes, tartes, profiteroles, crème brûlée...
Au début de nos robinsonades, le Forban était tenu par un vrai forban. Il ne lui manquait que le crochet à la main, pour le reste il était à peu près aussi sympathique que le capitaine Bligh. Il n'aimait pas les gosses, il n'aimait pas les chiens, il n'aimait pas les terriens. 


Après un dernier appel dessiné sur le sable, j'étais allée rendre une petite visite au nouveau Forban pendant que mes 12 machines tournaient à la laverie un jour de tempête. J'avais vu une pancarte « Changement de propriétaire ».

Le miracle ? Christian. Le nouveau probloc. Un amour de mec, doux, gentil, câlin, généreux, tendre, tactile avec tous les éclopés du cœur qu'il reniflait à 100 mètres, comme moi. Je me dis que j'ai été guidée. On s'était reconnu tout de suite moi-Christian, on avait les mêmes écorchures.
Je reprenais du poil de la bête. Une fois par jour = Forban = Christian. Hors saison, il nous invitait souvent à bouffer, il nous racontait sa vie pleine de trous, sa DASS, ses frangins logés à la même enseigne, les revanches sur sa vie qu'avait pas été une existence, tout.
L'été, il offrait la bise à l'entrée, le kir aux parents, les glaces aux enfants. Tous les jeunes qui bossaient là étaient de vrais loukoums.
C'était gai le Forban. C'était chaud, c'était doux. C'était chez nous.

Puis Christian s'est mis à dire  : Nous-deux-Gégé.
- J'avais acheté le Forban nous-deux-Gégé.
- Je viens d'acheter le grand Bazar nous-deux-Gégé,
- Un bar à Brest, nous-deux-Gégé...
Il ne pouvait plus prononcer une phrase sans y mêler sa géraldine. Je me disais qu'elle en avait de la chance sa poule d'avoir un chéridou qui lui offre des choses avec des toits, avec des portes, avec un vrai four, tout le confort quoi. Je me disais que d'ici pas tard, elle rappliquerait avec ses têtards qui viendraient frétiller avec les miens et qu'elle me prêterait peut-être sa machine à laver, son fer à repasser, sa douche, entre filles ça se fait ; je me disais que Christian allait bien un jour nous la présenter.

Le Grand Bazar était devenu un salon de thé, bar, café-concerts branché-chic. C'est [nous-deux] Gégé qui devait en prendre la barre. Inauguration. Un monde fou. De jeunes serveuses magnifiques, sapées juste ce qu'il fallait pour ne pas avoir l'air à poil. L'une semblait avoir autorité sur les autres (parce qu'elle était un peu plus habillée...) : Géraldine !
Je lui avais sauté dessus : Ravie de faire enfin votre connaissance, Christian m' a tellement parlé de vous. Air perplexe du canon. Christian vous a parlé de moi, ah bon ?
Ben oui ma gazelle, c'est pas toi Géraldine ? Elle m'avait toisée, l'air subtilement interloqué puis avec un sourire narquois  elle m'avait indiqué du doigt  un vieux petit monsieur à l'air malade derrière le comptoir en train de faire des cocktails. 

C'était lui, Gégé, pas elle.
C'était Gérard l'amour de Christian. Je n'avais rien vu ni compris. La gay-attitude était également le critère de recrutement dans les propriétés commerciales de mon pote. Je m'étais sentie conne à un point  c'est rien de le dire.

Je t'ai déçue, Marie,  je croyais que tu avais compris.  Ben non mon ange et puis nos miches c'est nos miches, on s'en fout. L'essentiel c'est qu'on s'aime, nous-deux Christian, pas vrai ?
Je crois que  nous n'avons  jamais autant ri que ce jour-là.

Et je lui avais enfin livré  mes rêves les plus fous : faire copine avec sa Géraldine pour : voir plus haut.
- Mais ma grande, fallait le dire plus tôt ! Nous-deux-Gégé, c'est pas le matériel qui nous manque !

J'en reprendrais bien, une tranche de Forban par les temps qui courent.

Et pas pour le matériel...


mercredi 26 août 2015

Le trou


Encore un été qui n'en aura pas été un. Il y a des journées de novembre qui sont plus lumineuses (et bien plus sèches) que celles que nous avons depuis le début du mois.
Ici, on croit à chaque fois que les records de pluie sont battus, mais non, détrompe-toi femme naïve, tu n'as encore rien vu.
Il faut vivre avec la lumière allumée en permanence, allumer le feu pour chasser l'humidité du schiste et s'accrocher pour ne pas sombrer.

Je suis donc un peu au fond d'un trou en ce moment et mon aquabonisme reprend une fois de plus le dessus.
Il y bien sûr ce temps épouvantable et puis des douleurs lombaires qui me broient littéralement le jour et qui me réveillent la nuit.
Elles durent depuis mars-avril mais elles s'accentuent  au point que j'en ai parfois le souffle coupé.
Les antalgiques et la kiné n'ont pas d'effets. 

Thérèse m'a écrit : "Je suis bien convaincue que si Dieu existe, il n'a pas voulu que nous soyons sur terre pour souffrir."   A mon avis je dois lui  payer quelque chose parce que depuis février 2014 et pour des raisons différentes, j'ai sérieusement morflé.
En attendant l'IRM du 2 septembre (prévue depuis deux mois), j'ai essayé hier une séance d'ostéopathie.
45 minutes de manipulations très douces et de tentatives de rééquilibrages ne semblent pas non plus avoir eu de conséquences positives.

Le seul truc vraiment chouette c'est que l'ostéopathe habite là : 




 Sur les deux dernières photos : l'Île de Sieck



J'ai fait la route sous une pluie diluvienne mais à mon arrivée, le vent de la côte a réussi à maintenir  la pluie en respect un moment. Et pour souffler, il soufflait le vent, c'était presque à perdre l'équilibre.  Je ne suis pas restée longtemps, il faisait trop froid pour une p'tite vieille douloureuse (et qui avait oublié de prendre un vêtement chaud, la sotte). 

Ce que j'aime sur cette plage, c'est son île dont on peut faire le tour à pied à marée basse.

Les jours de tempête, ça donne ça :


 Mais par temps clément, c'est une merveille. 

Photos d'un autre temps :







Douces bises aux adorables personnes qui m'ont souhaité ma fête...

mercredi 24 juin 2015

Je suis un peu en stand-by en ce moment. Un tas de préoccupations assombrissent mes jours (et mes nuits) et j'ai du mal à faire face à tout.  De nombreux commentaires amicaux (pardon Lucie...) n'ont  pas reçu de réponses mais je suis si peu disponible que je bâclerais ce que j'aurais aimé dire. 


Pourtant le ciel semble avoir retrouvé son sourire et la première couvée d'hirondelles a pris son envol hier matin. J'adore ces oiseaux-là. Ma mère me racontait souvent que lorsque j'étais encore un bébé, un oiseau-hirondelle s'était posé sur la capote de mon landau et qu'une gitane venue vendre je ne sais quoi, lui avait dit que ça me porterait bonheur toute la vie...

Hier soir vers 22 h 30, j'étais complètement angoissée parce que mes cinq petits n'étaient pas encore rentrés au bercail mais ce matin à sept heures, ils étaient bien perchés sur leur poutre.  Qu'ils vivent et prospèrent est tellement important pour moi en ce moment.

J'ai fait des photos de leur éclosion jusqu'à leur dernier jour au nid mais j'ai la flemme de les retailler et de les réduire. Ce sera pour un peu plus tard.

Photo de l'an dernier


 Belles et douces journées à toutes.


samedi 11 avril 2015

Vide-grenier (chronique sur les objets...)


Depuis longtemps, je rêve de vivre dans un endroit neuf et blanc dont les objets accumulés au fil du temps auraient disparu. D'où les gens accumulés au fil des ans auraient disparu. Où tout aurait disparu. Faire le vide pour faire le plein.
Je rêve d'une monacale maison, voire d'une cellule immaculée dans une abbaye de poche.
Devenir fatale moniale avec pour seule ouverture sur le monde, un judas qui donnerait sur le jardin des curés de curé. J'y regarderais mes sœurs en conserve égrener leur chapelet le soir après complies. Leurs prières me berceraient d'allégresse silencieuse, leurs chants apaiseraient mon bordel intérieur. 

L'objet, quel qu'il soit, est le plus souvent en reliance avec le passé, qu'il nous ait été offert ou que nous nous le soyons approprié pour des raisons diverses et variées. Il doit provoquer une émotion ou bien il n'est que remplissage. 

Abri actuel rempli d'objets, profusion d'émotions réactivées à chaque passage du chiffon à poussières.
Poussières émotives plein les yeux. Larmes parfois. Les petits inanimés ont une âme, ils sont souvenirs à perpète et sans compression de peine. Marre de me cogner aux souvenirs, aux éclaboussures de sentiments qui ne veulent pas sécher.
Pourtant le cœur se souvient de chaque offrande, de la main tendue, du sourire qui n'ose pas encore en être un, du regard dans l'attente. Et si ce que je te donnais n'allait pas te plaire ? Et si tu n'étais touchée comme j'aimerais que tu le sois.
L'offrande naît du désir d'approcher, d'atteindre.
Assez atteinte comme ça, j'ai élagué gros au fil des années. Du mien côté et du côté du mari. 

Du mien élagage, a disparu tout ce qui m'avait été offert par des gens sans épaisseur affective ou trahissants. Côté mari, déplacé en lieu éloigné-anodin les fusils de chasse et les douilles d'obus sculptées dans les tranchées en 14 par son père,  les chaufferettes et les bouilloires de grand-mère,  les vieilles nippes de maman (tu ne trouves pas que ça ferait joli sur son mannequin de couturière ...?) 

Objectif : ou entrer en sainteté détachée et modeste ou bien remplir des malles, aller jeter le passé à l'océan un jour de grande marée. 

Objets = "vanité des vanités" et ce n'est pas moi qui l'ai dit la première. 

Inventaire très limité et non ordonné :
Le petit tourniquet à musique, cabossé, un peu rouillé. Il appartenait aux fils... La dernière fois que l'aîné est venu, il a tourniqué : Ici Londres... L'enfant avait rit de sa petite plaisanterie. Pour le rire de l'enfant triste, je garde. 

Le cheval de bois du même. Je me casse la figure à chaque fois que je passe devant. Il est comme Pinocchio le fier destrier, il devient vivant, il rue. Oui mais. C'est Mon frère qui l'a offert à Son premier neveu pour sa Première naissance. Tout fiérot le frérot en arrivant à la maternité avec son bourrin. Je vais peut-être le faire dresser pour le calmer. Je garde. 

Ce tableau, la drôle de dame avec les seins à l'air : rarissime cadeau de mon père. J'avais 15 ans quand il me l'a offert. J'ai pris conscience au moment où j'allais le virer de l'ambiguïté du don. « Fruit mur » s'appelle la toile. Est-ce qu'on offre à sa fille qu'on aime de façon relative  une femme à poil ? 

Les deux aiguières de l'abbaye de Thélème lui appartenaient, la première je la lui ai piquée, la seconde c'est encore un don de papa  dans un moment d'égarement. Héritage de mon fils aîné. Il en rêve. Prends mon fils, non-non, quand tu seras morte... Je vais essayer de faire vite. 

Cette coupelle appartenait à maman et j'en rêvais depuis toute petite à cause de son décor ("nid, oiseau, se blottir"). Avant de quitter la Beauce je l'avais demandée à mon père. Puis mon mari a fait tomber un poids de la pendule et la coupe s'est brisée en mille morceaux ; le chagrin que j'ai eu... Il l'a donc recollée comme il a pu et j'ai placé d'autres brisures à l'intérieur pour masquer les cicatrices.

Il y a deux saints au dessus de la cheminée de la maison n° 1 (descendus d'un étage pour la photo).  Des nids à suie aussi. Saint-André le blanc et  Saint-Glinglin (j'ai oublié de quel saint il s'agit)  le brun. offerts à ma maman (prénommée Andrée).


Achetés à Locronan à Job le sculpteur qui découpait aussi des profils de papier. J'ai perdu les profils. Je vais garder les Saints en souvenir de Job, insolent-attachant et DCD personnage. 

Éléphant et poupée. Miteux et passés. C'est ma Claude, mon amie des années tendres qui me les a rapportés d'Andhra Pradesh. Elle préparait sa thèse d'ethnologie, je tapais sa thèse, elle m'envoyait les feuilles écrites à la main des trous à rats où elle vivait, je ne comprenais rien au langage local. On se filait des rencards au téléphone, vite fait, ça coûte cher, dis-moi ce que tu ne comprends pas, t'auras fini à temps, j'en peux plus ... J'en pouvais plus non plus, j'avais du bébé plein le ventre, je serrais les fesses pour l'empêcher de sortir trop tôt. On a terminé à temps. A son retour, éléphant, poupée et petit applicateur à khôl dix fois tombé dix fois recollé. Je n'ai pas vu Claude depuis la mort de sa mère en 2007 à Chartres. Je sais pourtant que si un jour nous nous rencontrons à nouveau, rien n'aura changé, que nous reprendrons les choses là où nous les avons laissées.
Anti-mite, je garde Claude, t'inquiète pas. 

Le clown magique. Il fait du vélo, de la musique et il neige toute l'année. J'en rêvais depuis toute petite. Cadeau de Cat-petite-sœur quand j'ai quitté la Beauce pour les hautes terres. Les visiteurs : c'est rigolo, c'était à tes mômes ? C'est con les gens.
Je l'ai remonté tout à l'heure, il a pédalé en neigeant, la musique est vraiment très jolie, pour la musique je garde même s'il fuit un peu (à côté du clown, un des premiers jouets de mon fils aîné).
Comme le poisson offert par la même. Entre écailleux on ne se sépare pas.


Mes bouts de bois. J'en ai partout. Des bois flottés aux branches de lierre aux formes aériennes soigneusement décortiquées et polies par moi-même.
Et ce petit peigne de tisserand africain trouvé chez un broc de l'Aveyron qui me l'avait donné parce qu'il ne valait rien. Une merveille de douceur sous la main (à gauche l'applicateur à khôl de Claude, à droite un peigne africain qui appartenait à maman).
Un bout de bois de plus ou de moins, je ne vais pas chipoter. 



Plein de cailloux. Ceux que je ramasse sur les grèves et que je place dans l'eau pour qu'il gardent leur couleur de pierre mouillée. Ceux que les grands frères de ma jolie petite voisine m'apportaient. Je ne peux pas m'en séparer pour l'instant : bien qu'ils soient maintenant adultes, à chaque fois qu'ils viennent ils vérifient si j'ai bien gardé le caillou spécial offert spécialement sans raison aucune mais avec amour. Je ne vais pas vous les infliger.
Plein de coquillages, de morceaux de tout et n'importe quoi trouvés en bêchant la terre ou en marchant sur la terre. Ce morceau de poterie vient de mon jardin de Beauce. Il me fait toujours autant rêver par ce qu'il représente de mémoire ancienne. 

Végétal ou minéral. Non polluant pour l'esprit. 

Des ciseaux à moucher les bougies. J'en ai trois paires. Ils me viennent de mon grand-père paternel, chiffonnier-brocanteur de son état. Pendant des années je me suis demandée à quoi pouvaient servir ces drôles d'outils, enfin renseignée à un salon d'antiquités. Bien exposés, ça peut faire un sujet de conversation quand les soirées sont longues et mal accompagnées. Garder une paire en évidence. 

Les objets du frère. 
Il paraît qu'on mettait ça dans les bistrots autrefois. On poussait gentiment la lune, elle se balançait avec énergie puis de plus en plus lentement et elle finissait par s'arrêter. Ça voulait dire : on ferme bonnes gens, regagnez vos chez vous, ne ratez pas la porte en sortant, surtout.
Michel avait un soleil, il m'avait offert la lune.
Je crois que je vais la conserver, quand les gens tapent l'incruste, action, explication, kenavo. 

Le vase et le Sage, c'est Mic aussi. Dans le vase je mettais mes roses-thé au parfum renversant. Ces roses-là n'aiment pas les zones humides. DCD comme Job. J'ai passionnément aimé le Sage qui était en fait une marionnette à fils. Fils usés. Il ne marionnette plus. Il a plus de 40 ans. Je ne vais pas balancer un vieillard à la mer, je me connais j'aurais des remords. Va pour le Sage. Et puis je viens de le vêtir de neuf, sa tenue de doux Éveillé n'avait plus de couleur. 


Les objets de Thibault fils cadet, en son enfance :
Plein de petits canards qu'il allait acheter en sortant de l'école chez Monsieur Robert le marchand de tout et de rien. Il demandait un paquet cadeau pour un palmipède à deux balles. Monsieur Robert s'appliquait. Il comprenait l'attente des enfants. 

Une Vénus rapportée d'Italie quand il est allé perfectionner son latin.
 
Une chouette en feuilles de maïs ramenée d'Allemagne quand il est allé perfectionner sa descente de bière et qui a trouvé sa juste place dans la niche à sel de la cheminée. Une niche à sel sans chouette ne serait jamais qu'une niche à sel et ma petite voisine jolie aujourd'hui lycéenne, n'aurait jamais déposé autour de l'oiseau ses porte-bonheur,  ses petits riens. 

Le petit pot de colle  près de Venus, c'est Thibault aussi. C'est un garçon d'une immense générosité qui écoute sa mère sans en avoir l'air et qui lui offre toujours le truc idoine (comme la colle blanche du chat noir...).

Un truc offert par nous-deux Christian, le forban de Belle-Île (qui avait fait l'objet d'un billet dans l'ancien blog). C'est un de ses potes qui les fabriquait, je n'arrive pas à le virer. C'est pourtant vraiment très moche mais j'ai tellement aimé Christian. 

Une photo que j'ai prise à Dreux en 1967. Elle me hante. Deux fillettes algériennes nouvellement déracinées de leur chaleur. Le noir et blanc a viré sépia. Le père n'avait que des filles, il voulait me donner la plus petite. Prends-là, j'en ai encore sept et je ne peux pas les nourrir. 

Mes offrandes à moi-même destinées sont rares. Deux ou trois envies mal contrôlées. Compulsions ?
Un Mandala parce que c'est simplement beau (oui, tu ne vas pas mettre ça ici, ça ne représente rien...) 

Un vase péruvien acheté à un vrai péruvien. 

Une cuillère de mariée dont j'avais aimé le symbole il y a TRÈS longtemps.


Hors catégorie, les trucs avec lesquels je voudrais qu'on m'incinère (c'est du bois blanc, ça aidera le feu à partir) : Les petits sabots. Ils m'avaient été offerts par ma tante Gervaise au cœur gros comme une cathédrale quand enfant je ne mangeais plus et qu'elle m'avait recueillie.


Je n'ai pas fait le quart de mes poussières que déjà je les regarde d'un autre œil ; ma main les frôle avec une forme de tendresse.
Oui mais le blanc, l'espace intérieur, le détachement ...

Agnès Varda a dit :
« Si on ouvrait les gens, on y verrait des paysages ».

Si on m'ouvrait, je me demande bien ce qu'on y verrait.

J'avais publié ce billet dans mon ancien blog.
Depuis, le clown a rendu sa petite âme (la flotte s'est vidée dans les bouquins)
et j'ai donné le cheval de bois à un petit neveu
avec l'accord de son propriétaire. 

Thérèse a écrit : "Une semblable passion pour chaque objet possédé et son histoire… des objets qui entretiennent la mémoire et pour lesquels, parfois, on dépense une fortune pour les maintenir en vie".