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dimanche 4 mars 2018

Jour des lynxes...


Bel anniversaire mademoiselle Lynxxe !

(Et demain ma "petite soeur" a 60 ans... J'en frémis).

Un tas de choses douces pour toi.
(et des bises aussi)

dimanche 24 décembre 2017

Les toiles de Noël


A toutes et tous, que nous nous soyons croisés ou que nous ayons parcouru un bout de route ensemble :

Je vous souhaite un bon Noël et de belles fêtes de fin d'année.

Que tout vous soit doux et léger.


lundi 27 mars 2017

Convergence

Dédicace à Anthom


à l'intérieur d'une boutique




C'était samedi, dans la petite cité des johnnies

 

vendredi 3 mars 2017

Jour des Lynxxes...


Bon anniversaire Mademoiselle Lynxxe, de tendres pensées  pour adoucir
ton temps qui passe.

Tu es l'une des plus belles personnes rencontrées au cours
de ma longue vie de blogueuse.

(mais vl'a que j'm'attendris moi, c'est pourtant pas mon genre...).

Et pour le sourire du jour, quelques versions du fameux air de 
Rossini : 

 





samedi 3 décembre 2016

Liens...

Pensée dessinée et mise en couleurs légères par mademoiselle Cham :


Si le sentiment exprimé est identique (à peu de choses près), voilà qui nous ramène à la réalité.



Photo floue et sous-exposée prise par le très cher fils second dimanche dernier.

Ce n'est pas demain que je pourrais mettre le vagabond sur mon épaule 
mais en attendant, il a trouvé sa place.

Hier soir il avait les pattes avant sur la table rouge et la tête sur ma main droite (celle-là même qui cramponne le mulot).





lundi 29 août 2016

Les pieds


C’est très intelligent les pieds
Ils vous emmènent très loin
Quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Ils restent là ils vous tiennent compagnie
Et quand il y a de la musique ils dansent
On ne peut pas danser sans eux
Faut être bête comme l’homme l’est si souvent
Pour dire des choses aussi bêtes
Que bête comme ses pieds...

(Jacques Prévert)

Vitrine du pédicure
Fest noz
Petite voltigeuse

Papa et moi


Et enfin, en technicolor, les pieds de Thérèse :





qui à la suite d'une intervention chirurgicale, a vu ses ongles se parer d'une belle couleur mauve. 
(plus besoin de vernis...).



vendredi 29 juillet 2016

L'été en pente douce


Voilà plus d'un mois que je n'ai pas ouvert la fenêtre de cet espace. Même si son nom annonce clairement la couleur : « petites chroniques de rien du tout », on pourrait croire que le rien (du tout) a atteint des sommets ces dernières semaines. En fait pas moins ni davantage, peut-être simplement n'ai-je pas eu le goût de le partager.

A cause de problèmes récurrents, je ne peux guère bouger aussi ai-je dégusté l'été fugace (il pleut à nouveau depuis une semaine) qui nous a fait passer de novembre à la canicule en trois jours puis de 30° à un petit 17° aussi soudainement.

Mes paysages et lieux immédiats ont été (et peut-être le sont-ils encore) envahis de  touristes et ma qualité d'ermite s'en accommode mal. Si je ne fuis pas le contact,  je ne le recherche pas non plus.

Il faudra que je vous parle du chat sauvage, des hirondelles ou des fleurs, de toutes ces choses qui consolent de l'exaspération d'un monde qui ne tourne plus très rond. Mais a-t-il déjà vraiment tourné rond le monde ?

Allez, à tout bientôt, je vous embrasse.


lundi 20 juin 2016

La Petite


Michel a téléphoné hier soir.
Au mari pour son anniversaire.
C'est toujours moi qui décroche pour cause de malentendance du même.
Salut Petite...
Rewind.

Il y a longtemps, j'assistais à la pose de la première pierre de l'hôpital de Creil. Ambiance festive BTP, politiques, architectes, pontes des administrations diverses et variées et   responsables des entreprises qui se réjouissaient d'aller jouer au mécano et aux légos pour un bout de  temps. 

Le dirlo du futur centre hospitalier  s'appelait Henri, un charmant, un vrai gentil, un homme honnête, profondément. Il avait dit à l'architecte en chef  :
- je veux que toutes les boiseries de l'hôpital soient de la couleur des cheveux de cette charmante jeune fille.
C'était moi la charmante JF, cheveux courts colorés au henné que Nazika-mie me rapportait directement du bled.

J'avais mon fils aîné dans le ventre depuis quelques mois  et ce jour-là parmi  ceux qui m'accompagnaient, le sujet de conversation principal se situait à des lieues du futur chantier.
- Tu as vu, on dirait que la Petite est enceinte ?
- Ce n'est pas qu'on dirait, je l'ai vue à la piscine, elle l'est et pas qu'un peu !
- Tu sais qui est le père ?
- Ce n'est pas toi ?
- Tu es fou, moi, avec la Petite !
- Ben il a bien fallu ... pour ...
- C'est pas nous !
Tous ceux. Mes hommes. Moi devant et eux derrière ou à côté, jamais loin. Souvenirs barbaresques.
J'adorais ce terme « Petite » qui me renvoie aussi sec à la bouleversante et troublante chanson de Ferré, même titre.
Ce n'était pas un qualificatif macho ni réducteur vis à vis de mon jeune âge (par rapport au leur, hein, j'avais quand même 26 ans), c'était intensément tendre.
Tous amoureux de moi silencieusement et moi amoureuse d'eux tous, en bloc. Je n'aurais pas été amoureuse d'un seul individuellement, il me les fallait réunis parce que c'était comme ça qu'ils étaient les meilleurs.
En amour pour José, mon seul et unique capitaine-ingénieur, réfugié politique portugais  de la (pré) révolution des œillets qui avait refusé d'aller massacrer du nègre en Angola, un écorché vif qui se définissait comme métèque à jamais. 
En amour pour Michel le téléphoneur, adjoint du n° 1, bourge à mort,  sapé comme une gravure de mode fin XIXème (maintenant, il est sportswear-crocodile pas Dundee),  timide introverti qui rougissait comme un CM2 quand je lui prenais le bras pour ne pas me paumer ou tomber dans les sous-stations de l'aéroport d'Orly.
En amour pour Yves le brestois (celui de la plante à la con) à cause de ses blagues à même pas deux balles, de sa délicatesse pataugas et de son accent breton. 
En amour pour Henri, ancien de Saint-Cyr reconverti  presque sans traces, à l'humour à la fois décapant et raffiné, vieille France un peu parfois, à la main baladeuse juste ce qu'il fallait pour ne pas être osée, au visage d'ancien jeune premier ricain, genre Redford.
En amour encore pour n° 1 auteur de l'infraction.
Je craquais pour eux, pour leur tendresse de tous les instants, pour tous ces désirs presque jamais nommés. J'étais leur leur starlette, leur farfadette, leur Scarlett et c'était bien.
Ce fameux jour, nous nous étions échappés de la réception inaugurale et nous avions décidé d' aller déjeuner entre nous au château de Chaumontel, moi devant et eux derrière ...
Après le repas et avant le retour vers Paris,  nous avions fait une pose dans le parc pour nous dégriser un brin. 
 
Moi, allongée sur le dos dans l'herbe, mon ventre rond qui montait comme une douce montgolfière au rythme des respirations, eux posés autour de la « Petite », un peu maladroits, un peu gênés à cause de la rondeur jamais encore évoquée par la titulaire. 
 
Je ne me souviens plus lequel d'entre eux a parlé le premier de l'enfant mystérieux (Dis-donc Petite, tu ne nous couverais pas quelque chose ?), je ne me souviens plus lequel d'entre eux a relevé le premier et très doucement ma robe devant les autres pour voir.
Moi, allongée sur le dos dans l'herbe, la robe relevée sur le petit ventre blanc et tendu, eux, qui un par un avaient posé doucement leurs mains sur ma peau et avaient caressé l'enfant à naître qui faisait des vagues sous la peau. Ses bonnes fées à lui.
Toutes ces mains d'hommes mêlées avec amour sur un ventre de femme habité, sur un enfant que quatre d'entre eux n'avaient pas conçu mais qui tout aussi bien auraient pu. Il aurait suffit de demander bien poliment peut-être, puisque la Petite elle voulait un môme avant 30 ans.
Je ne me souviens plus lequel avait pris en premier son feutre pour dessiner un cœur autour de mon nombril.
Ce dont je me souviens c'est que le crayon était passé de mains en mains et que tous avaient tracé des pétales autour du cœur, puis une tige, puis des feuilles sur la tige, puis des vrilles rampantes sur l'enfant encore invisible.
Aucun d'entre eux n'avait osé poser la question : Qui ?
N° 1 avait colorié avec les autres.
Le temps était beau, l'air était aussi doux que les mains.
Taguée au feutre par mes hommes. Il avait fallu des jours pour que l'encre disparaisse totalement.
Interro-surprise  du gynéco qui suivait de près l'avancement des travaux en cours dans mon intérieur.
- Pas de père déclaré pour cet enfant-là, pas d'homme dans la vie de cette femme-là mais un genre de vigne fleurie tatouée sur l'abdomen.  J'aurais tout vu-vous alors.
Un des plus jolis moments de ma vie le parc de Chaumontel.
José est reparti au Portugal depuis  25 ans. Il appelle ici chaque nouvel an : Tu te souviens de la fleur ?
Il appelle aussi les autres.
En janvier, il a demandé à Yves si j'étais toujours aussi belle. « Ben non, elle est comme tout le monde, hein, elle vieillit...».
Yves c'est Yves, no comment. On ne s'est jamais quittés même s'il ne fait rien qu'à m'agacer. Tout le temps.

Henri est mort d'un cancer. Il avait été éjecté de Creil parce qu'il avait refusé de truquer les marchés publics pour la fournitures des blocs opératoires.
Relégué-muté dans une maison de retraite après avoir bâti un hôpital, c'est la mort assurée quand on ne vit que pour son boulot, c'est plutôt de ça qu'il est mort Henri.

Michel (qui habite toujours la région parisienne) a téléphoné.
Hier soir au n° 1 pour son anniversaire.
C'est toujours moi qui décroche pour cause de malentendance de l'auteur pas compositeur.
Salut Petite...
Il n'y a plus que lui qui m'appelle comme ça aujourd'hui. 
 
Avec le temps...



vendredi 8 janvier 2016

Un jour c'est pile, un jour s'efface


Pas très loin de mon trou perdu,  il y a eu une auberge tenue par un magnifique jeune homme. Au temps où j'étais encore dans la vie, j'y étais toujours fourrée pour mes activités diverses et variées.
Chez Fred on était chez nous.
Et puis le succès était très rapidement venu, le bistrot avait été mis aux sacro-saintes normes, agrandi, embelli et toutes ces sortes de choses. On commençait même à parler du taulier dans des revues gastronomiques. Il en avait fait du chemin le petit mec du bistrot des brumes.

Chaque mois s'y tenait un apéro-livres ou chacun-chacune parlait de ses lectures favorites et dont le principe était de faire circuler le bouquin qui avait atteint sa cible par le biais des mots de la présentatrice ou du présentateur.
Le dernier apéro auquel j'étais allée était dédié au livre qui avait enchanté notre enfance et je n'aurais raté ça pour rien au monde  (c'est mon côté mateuse).
La plupart des filles avaient évoqué la comtesse de Ségur née Sophie Rostopchine et ses petites filles modèles. Tout ça minaudait un peu trop pour mon goût,  elles  auraient presque  parlé de leur première poupée et de leurs robes en broderie anglaise des sanglots dans la voix. Enfances protégées. Les anars des Monts d'Arrée sont presque tous issus de familles triées sur le volet, vie culturelle intense et pléthore de bouquins. Moi je n'en ai jamais eus, enfance pauvre, milieu maternel infiniment modeste où le livre était loin d'être une priorité s'il avait jamais existé.
Comme mon grand lecteur de père (issu de l'orphelinat, loués soient les orphelinats qui faisaient entrer la lecture à coup de matraque) était rarement présent, il ne songeait guère à mes manques. Songeait-il seulement à ses mouflets ? Heureusement j'avais une cousine germaine (elle s'appelait Martine la germaine) qui en possédait plein (des livres) et qui me laissait les lire quand j'allais chez elle. Quelquefois même, elle me permettait d'en emporter à la maison.
A l'époque non bénie de mon jeune âge, on recevait encore des « prix » à l'école primaire donc je bossais comme une dingue pour en amasser le plus possible car je savais que ce serait les seuls de l'année. 
Durant ma "cérémonie de clôture" j'avais donc  parlé de "La petite chèvre de Monsieur Seguin, édition Hachette 1953, mon second-vrai-livre-à-moi après Blanche-Neige, édition Hachette 1951 (version Walt Disney), non qu'ils m'aient fait rêver mais parce c'était les seuls albums reçus de toute ma petite enfance, présents de mon père quand il bossait chez l'éditeur précité.
La p'tite chèvre m'a donc appris très jeune que la vie finit mal quoi qu'on fasse, que ce n'est pas la peine de trop y croire et que les contes, c'est du pipi de chat, de la pure mièvrerie ; je n'ai jamais pu gober les chevaliers qui arrivaient sur leur vélo moto cheval blanc pour réveiller les cendrillons princesses gourdasses endormies ou empoisonnées.
Puis je m'étais surprise à dire (relecture et identification adulte) que pour moi, Monsieur Seguin était l'archétype de l'horrible macho-phallocrate.
Ah tu veux aller dans la montagne, tu veux être libre, bah tu vas voir ce que tu vas voir.
Enfermée, cloîtrée, attachée, et dans l'obscurantisme l'obscurité, voilà ce que tu mérites Blanquette, pas plus. Non mais. Me faire ça à moi. Qui t'aime. En plus.
C'était pas un veau la Blanquette.
Le loup ?
Et alors le loup ? Il va me bouffer toute crue ? Et toi tu fais quoi là, mon bon Monsieur Seguin ? Tu m'aides à m'épanouir ? Tu me révèles à moi-même par l'ascétisme et la chasteté ? Par le pieu et la corde ?
Ben tu vois, je préfère 100 loups à affronter, quitte à y laisser ma peau, plutôt que de vivre dans ta bergerie pourrie.
Vivre libre et mourir dans la forêt, avec les champignons mortels et les féroces bestioles, mais sans toi. Lâche-moi les sabots, hein.

Juste après une fille avait parlé de Blanche-Neige, cendrillons princesses gourdasses derechef. C'était tellement beau ce cercueil de verre, ces nains qui pleurent, le prince... « Qu'est-ce que ça nous a fait rêver... »
Moi, re-identification depuis toute petite, brune, mal aimée, forêt, perdue. Des nains j'en avais plein à la maison et si j'avais un rêve dans l'enfance, c'était sûrement pas celui-là.
Parce que Blanche-Neige dès qu'elle arrive chez les demi-portions, la première chose qu'elle fait c'est de prendre le balai, de laver leurs chaussettes sales et de leur faire à bouffer.
Pour moi c'était pas une histoire et puis même si mes nains ont grandi ensuite, pendant longtemps ma réalité n'a pas beaucoup changé.
La seule chose qui m'avait impressionnée dans le conte de Grimm, c'est la sorcière représentée comme elle l'est dans le bouquin.
Dans la chambre de mes parents, il y avait un poêle Godin tout noir avec son foyer rouge. Et quand ma mère m'appelait pour le lever du matin, je devais quitter ma chambre sans chauffage, passer dans la sienne dont les volets étaient encore clos et frôler-bien-obligée, le foutu poêle qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à la reine noire.

J'étais vraiment petite, 4 ans peut-être. Mais cette peur que j'avais, je la sens encore dans les tripes. 

Puis j'avais ajouté que la seule héroïne à laquelle je m'étais identifiée même si j'avais pas de grand-mère sympa, c'était la petite fille aux allumettes  parce qu'elle meurt.
Bien tranquille la môme. Ouais.
Quand j'avais dit tout ça aux gens (pas furtivement mais avec une certaine  vigueur verbale, un autre verre,  Fred s'il te plaît), ils avaient été un peu surpris des traces qu'avaient laissé en moi les contes.

« C'est drôle comme tu vois les choses,  t'es vraiment bizarre comme nana, toi ».


Quelques jours avant Noël, Fred, le beau jeune homme plein de promesses a décidé de mettre fin à ses jours (formule soft pour dire qu'il s'est pendu).  J'avais passé quelques heures avec lui fin octobre. Il n'était pas franchement en forme mais il était souvent comme ça,  inquiet, toujours à cran et le regard perpétuellement fiévreux. Il m'avait dit qu'il regrettait la simplicité de ses débuts et de la clientèle assortie.
Tout ça pour dire que je n'ai rien vu venir et même si nous sommes probablement nombreux à n'avoir rien vu, je n'arrive pas à m'en remettre. Je ne cesse de me dire qu'une main tendue de plus aurait peut-être changé la donne, je n'en sais rien, tout ce que je sais c'est que j'ai le cœur au bord des larmes en permanence, que je pense sans arrêt à sa jeunesse définitivement engloutie, à ses trois gosses et à toutes les promesses qu'il ne tiendra plus.  
Il avait l'âge de mon fils aîné...

En d'autres temps, l'auberge accueillait les traditionnels goûters d'après funérailles
Les printemps des poètes


Et les fêtes à la con...

vendredi 20 novembre 2015

Pour détendre l'atmosphère : Nous deux G.G...


Durant presque 20 ans je suis allée en vacances à Belle-Ile en mer avec ma nucléaire famille.
On n'a jamais fait les choses à moitié chez nous, quand on aime, on ne compte pas. Donc : Février, Pâques, Été et Toussaint : direction l'île.
Au début, on louait une maison. Les enfants étaient  petits. J'avais encore le sourire.



Mon mari faisait du catamaran. Pendant que je m'occupais des enfants il sauvait les ophélies au bord de la noyade.

Mais le mari qui avait traîné ses tongues dans tous les pays dorés qu'offre le Club Med avec sa première légitime, s'était découvert sur le tard un goût pour la sauvagerie. Il avait reçu sans que je m'en rende compte une seconde l'Appel de la forêt.
Les hommes sont curieux. Quand ils ont vraiment envie de quelque chose et qu'ils n'osent pas se l'acheter seuls, ils nous l'offrent.
"C'est pour toi, prends, je te le donne". Un terrain boisé de 5000 m2 sur l'île, oui-oui, visité en saison sèche. Saules marsault, ajoncs, ronces et marigot en contrebas. Je le méritais bien. J'étais sa préférence à lui parce que moi je ne ressemble à personne.


En souvenir du bon temps (le sien), de ses auberges de jeunesse (après guerre...), "on" a décidé qu'une maison pour les vacances au fond, ce n'était pas vraiment utile  et que le retour à la vie de trappeur il n'y avait que ça de vrai.
Camping !
Lors du premier séjour (en saison humide) j'avais éclaté en sanglots devant l'ampleur du boulot.
Nos vacances en amoureux se passaient à débroussailler,  abattre, élaguer, brûler. Quand les gosses étaient là (les miens plus neveux et nièces la plupart du temps) on leur filait 20 centimes par pied de ronce arraché. Ils étaient vite devenus riches.





Il avait fallu que je relise vite fait mon Robinson Crusoë parce que nous les femmes, on n'a pas ce fantasme-là, les bois des îles. On cuisine et on lave le linge à la main dans les bois. Et il y en avait du linge. Nos terres étaient noires, les fringues étaient noires.
Pas épaisse la terre, 5 cm à peine et dessous le rocher. Aucune possibilité de se vautrer dans la boue en attendant la mort. Qu'est-ce qu'on mange ? Des grillades. 

Encore, tu rigoles ? Est-ce que j'en ai l'air ? Oui tu comprends, il fait un peu frais ce soir, j'aurais bien pris de la soupe. De la soupe ! Tu vas à l'épicerie mon bel oiseau et tu t'achètes une Liebig, je ne vois que ça.
Parfois mes hommes auraient également souhaité une tarte aux pommes ou un un poulet rôti. Le mari a même envisagé un jour ou deux de "me" construire un four néolithique pour alléger mes tâches. J'ai décliné l'offre. J'aurais sûrement dû fabriquer en plus la vaisselle had hoc pendant mes loisirs.

J'en avais marre. Quand il pleuvait, on devait rejoindre les tentes avec des palmes et les braises étaient inutilisables. Oui, tu comprends on mange encore froid.


Pendant que je vaquais à mes occupations robinsoniques le mari voguait sur son catamaran. Il sauvait les Ophélies au bord de la noyade (bis). 

Au fil du temps les gamins avaient fait des châteaux de sable, de la planche à voile, de la plongée, ils s'étaient initiés au flirt et peut-être davantage qu'en sais-je.






Moi je rêvais du catalogue Darty. 



 Pendant que je vaquais à mes occupations robinsoniques  le mari voguait sur son catamaran. Il sauvait les Ophélies au bord de la noyade (ter). 


Un jour j'ai dit : ça suffit. Terre ferme. Maison. Marie appelle maison. Ou plutôt : cantine-laverie.
Il y avait plein de laveries sur l'île où tous les navigateurs à l'escale venaient décrasser leurs nippes. Comme les marins devaient repartir avec la marée, ils étaient prioritaires. Les mères épuisées passaient après les marins. Des journées entières dans les arbres à la laverie.

Belle-Ile était déjà branchée. Quand je revenais des courses chargée comme une mule, il m'arrivait de croiser Mademoiselle Mireille (Mathieu), Monsieur Laurent (Voulzy), Monsieur Alain (Souchon), Monsieur Yvan (Levaï), Monsieur Gérard (Lavilliers) Madame Claire (Brétecher), Monsieur Le Pinsec  et même Monsieur François (Mitterrand) un jour et de loin...
Tout ça pour dire que trouver une cantine pas chère relevait du miracle. Il eut lieu, Dieu soit loué dans son infinie bonté. Le Forban à Palais. Pizzeria, pâtes à toutes les sauces, salades composées, bavette à l'échalote, frites, soupes, tartes, profiteroles, crème brûlée...
Au début de nos robinsonades, le Forban était tenu par un vrai forban. Il ne lui manquait que le crochet à la main, pour le reste il était à peu près aussi sympathique que le capitaine Bligh. Il n'aimait pas les gosses, il n'aimait pas les chiens, il n'aimait pas les terriens. 


Après un dernier appel dessiné sur le sable, j'étais allée rendre une petite visite au nouveau Forban pendant que mes 12 machines tournaient à la laverie un jour de tempête. J'avais vu une pancarte « Changement de propriétaire ».

Le miracle ? Christian. Le nouveau probloc. Un amour de mec, doux, gentil, câlin, généreux, tendre, tactile avec tous les éclopés du cœur qu'il reniflait à 100 mètres, comme moi. Je me dis que j'ai été guidée. On s'était reconnu tout de suite moi-Christian, on avait les mêmes écorchures.
Je reprenais du poil de la bête. Une fois par jour = Forban = Christian. Hors saison, il nous invitait souvent à bouffer, il nous racontait sa vie pleine de trous, sa DASS, ses frangins logés à la même enseigne, les revanches sur sa vie qu'avait pas été une existence, tout.
L'été, il offrait la bise à l'entrée, le kir aux parents, les glaces aux enfants. Tous les jeunes qui bossaient là étaient de vrais loukoums.
C'était gai le Forban. C'était chaud, c'était doux. C'était chez nous.

Puis Christian s'est mis à dire  : Nous-deux-Gégé.
- J'avais acheté le Forban nous-deux-Gégé.
- Je viens d'acheter le grand Bazar nous-deux-Gégé,
- Un bar à Brest, nous-deux-Gégé...
Il ne pouvait plus prononcer une phrase sans y mêler sa géraldine. Je me disais qu'elle en avait de la chance sa poule d'avoir un chéridou qui lui offre des choses avec des toits, avec des portes, avec un vrai four, tout le confort quoi. Je me disais que d'ici pas tard, elle rappliquerait avec ses têtards qui viendraient frétiller avec les miens et qu'elle me prêterait peut-être sa machine à laver, son fer à repasser, sa douche, entre filles ça se fait ; je me disais que Christian allait bien un jour nous la présenter.

Le Grand Bazar était devenu un salon de thé, bar, café-concerts branché-chic. C'est [nous-deux] Gégé qui devait en prendre la barre. Inauguration. Un monde fou. De jeunes serveuses magnifiques, sapées juste ce qu'il fallait pour ne pas avoir l'air à poil. L'une semblait avoir autorité sur les autres (parce qu'elle était un peu plus habillée...) : Géraldine !
Je lui avais sauté dessus : Ravie de faire enfin votre connaissance, Christian m' a tellement parlé de vous. Air perplexe du canon. Christian vous a parlé de moi, ah bon ?
Ben oui ma gazelle, c'est pas toi Géraldine ? Elle m'avait toisée, l'air subtilement interloqué puis avec un sourire narquois  elle m'avait indiqué du doigt  un vieux petit monsieur à l'air malade derrière le comptoir en train de faire des cocktails. 

C'était lui, Gégé, pas elle.
C'était Gérard l'amour de Christian. Je n'avais rien vu ni compris. La gay-attitude était également le critère de recrutement dans les propriétés commerciales de mon pote. Je m'étais sentie conne à un point  c'est rien de le dire.

Je t'ai déçue, Marie,  je croyais que tu avais compris.  Ben non mon ange et puis nos miches c'est nos miches, on s'en fout. L'essentiel c'est qu'on s'aime, nous-deux Christian, pas vrai ?
Je crois que  nous n'avons  jamais autant ri que ce jour-là.

Et je lui avais enfin livré  mes rêves les plus fous : faire copine avec sa Géraldine pour : voir plus haut.
- Mais ma grande, fallait le dire plus tôt ! Nous-deux-Gégé, c'est pas le matériel qui nous manque !

J'en reprendrais bien, une tranche de Forban par les temps qui courent.

Et pas pour le matériel...