Lorsque
ça ne va pas très bien dans ma petite vie toute pourrie, je relis.
Ça ne me demande aucun d'effort, c'est un peu comme suçoter un bonbon retrouvé au fond de la poche d'un vieux manteau qu'on porte juste pour sortir sous la pluie.
Il
y a dans mes réserves un certain nombre de bouquins totalement
régressifs mais la palme d'or revient sans conteste à Charlotte
Brontë et à son Jane Eyre.
Je
l'avais découvert très tard. J’ai souvent fait les choses très
tard pour mon âge.
C’était
en 1973, un dimanche après-midi et j’étais à l’hôpital où ma
mère finissait sa vie avec deux copines qui en faisaient autant. Deux
copines dont Mireille, une femme à femmes qui n’avait jamais de
visites en fin de semaine. Son amoureuse ne savait pas conduire et
les transports en commun jouaient relâche le week-end.
En
ce dimanche d’hiver, il y avait foule autour de ma très douce et
de son autre complice palliative. Mireille était seule sur son lit,
à vaguement regarder la télévision. J'étais allée m’allonger
près d’elle, elle avait posé sa tête dans le creux de mon épaule et
elle m’avait dit très bas, des étoiles dans les yeux : regarde,
c’est Jane Eyre…
On
avait branché nos écouteurs et c’est là que tout avait commencé.
C’était
le JANE EYRE de Robert Stevenson (1944) avec Orson Welles !
J'avais 23 ans, je savais déjà que j’aimais les enveloppés et
les torturés aux visages de brutes épaisses mais quand j’ai vu
ORSON WELLES dans le rôle d’Edward Rochester, je suis tombé raide
dingue de cet homme-là. Surtout à la fin, quand il est défiguré.
Mireille
flashait plutôt sur Joan Fontaine, chacune ses goûts, mais
l’ensemble, l’histoire en elle-même, Mireille dans mes bras,
Orson, les images en noir et blanc, l'incroyable tendresse palpable autour de
nous, tout ça m’avait donné un amour définitif et indéfectible pour
cette Jane Eyre-là.
Ça,
c’était le film.
(Il me faut ajouter aussi, que le patronyme de l'héroïne, Eyre comme erre n'est-ce-pas, me correspondait tout à fait, perdue comme je l'étais à cette époque ; accompagner un être cher sur son chemin d'errance définitive durant des mois et au delà du chagrin, est très déstabilisant. D'ailleurs quand Mireille avait prononcé "c'est Jane R", j'avais entendu " Jane erre".)
Quelques années plus tard alors que je n'y pensais plus, je trouve le livre dans une brocante. Case émotion réactivée. J'achète, je lis. Et c’est une révélation. Je découvre le sens du mot mille fois employé, galvaudé
etc. : Érotisme. Regards qui disent ce que la bouche ne peut
révéler sans outrage, mains qui se frôlent, désir suggéré.
(Et
puis Jane était très moche et a priori elle n'attendait aucun
prince donc il y avait eu aussi une forte identification personnelle).
Bref
Jane EYRE, c’est mon « Rosebud » à moi.
Et je viens donc de m'en resservir une larme.




Bonjour
RépondreSupprimerC'est un livre fantastique ...
merci de lui avoir redonné des couleurs !
Bises
Oui, c'est un livre qui a du souffle. Il est aussi très visuel dans son écriture et on entre complètement dans certaines descriptions, on y est, on voit les arbres tordus, on sent le vent, le froid, les odeurs aussi...
SupprimerJane est une belle figure de femme pour l'époque (un peu outrée parfois quand-même mais on pardonne à l'auteur, n'est-ce-pas).
Bises à toi
Florence - Testé pour vous
RépondreSupprimerBonjour...Jane Eyre a été aussi pour moi d'abord une découverte cinématographique puis littéraire...j'ai adoré les 2...je garde les personnages dans ma tête et j'y pense et repense longtemps. Je n'ai jamais eu l'occasion de revoir le film, mais j'avoue que plus d'une fois j'ai replongé dans le livre...je l'ai aussi fait découvrir à mes filles...cette histoire si belle, si romantique, si dramatique...ah la la, que de souvenirs :-) ;-)
Et j'aime ce que tu en dis...une belle histoire dans une histoire émouvante, qui me parle tu ne peux imaginer à quel point...Merci pour ce partage, si beau, si touchant
Dimanche, je repars pour Agde. Si tu veux m'écrire en privé, je crois qu'il y a une possibilité à partir de mon blog....mais j'ai peut-être viré la case prévue à cet effet...je regarde et éventuellement la remet en route
En tous les cas, merci encore pour ce partage, ce magnifique article...et j'espère que ça n'est actuellement qu'un mauvais passage...oui, ça n'est qu'un mauvais passage..bientôt ;-) :-) A très très bientôt et passe une très belle journée :-)
Peut-être que ce film ne n'aurait pas autant bouleversée si les circonstances avaient été différentes, je n'en sais rien parce que j'étais quand-même en plein dans l'âge romantique (j'étais vraiment très à la bourre au plan des sentiments à 23 ans). Mais j'avais éprouvé tant d'émotions en ce fameux jour, tout était si doux et lumineux que pour une fois la souffrance avait semblé jouer relâche.
RépondreSupprimerJe n'aimerais pas revoir le film, j'aurais peur de le trouver un peu nunuche (j'ai peut-être tort) , je préfère garder la mémoire du moment.
Je n'ai pas de filles à qui transmettre tout ça mais mon plus jeune fils lit le bouquin en ce moment. Pour parfaire son anglais... Il vient de terminer une partie de Jane Austen, d'Emilie Brontë et voilà qu'il s'attaque à Charlotte. J'adore ses appréciations et critiques pleines d'humour sur "les bonnes femmes" de l'époque comme il dit.
Le mauvais passage : mon mari faisait chaque jour une promenade avec Prune. Toujours la même, circuit 1,3 km.
C'était leur truc à tous les deux. Il a continué après sa mort mais en clamant sa tristesse à tous les gens qu'il rencontrait. Par compassion, dorénavant je l'accompagne afin qu'il ne soit pas seul. Mais ces mêmes gens quand ils me voient avec lui me demande tous (mais vraiment tous hein), alors Marie, c'est toi le nouveau chien ou bien c'est toi qui fais le chien, est-ce tu lui fais la fête... Même si c'est dit pour plaisanter, ça ne me fait pas rire du tout.
De plus, il a construit une sorte de mausolée (il ne lui reste qu'à graver une pierre) pour ensevelir les cendres de sa princesse juste en face de la fenêtre de la cuisine et je trouve que ça fait un peu trop.
Le chagrin le plus visible n'est pas forcément celui qui s'affiche.
A tout bientôt (et il fait beau aujourd'hui !)
Sais tu pourquoi j'ai lu Jane Austen, grâce à qui ? Grâce à David Lodge et "Pensées secrètes" (à moins que ce soit un autre de ses romans)
SupprimerNous avons différentes façons de nous extérioriser ou d'intérioriser. Ce mausolée face à la fenêtre de la cuisine est un bien étrange message...
J'ignore si c'est un message, je n'en parle plus, je ne veux plus aborder le sujet (ça m'énerve). Chaque jour il y ajoute un truc. Quand on ne sait pas ce que c'est, on pourrait croire qu'il envisage de construire une œuvre "artistique".
SupprimerJ'espère qu'il va s'arrêter là.
Je ne veux même pas imaginer ce qu'il ferait de mes propres cendres... Mais peut-être que je me berce d'illusions.
C'est bien pari pour imiter le facteur Cheval et sa dernière œuvre,non?
Supprimerhttp://www.facteurcheval.com/histoire/tombeau.html
Bises moqueuses (un peu) et affectueuses (beaucoup)
Heureusement qu'on en est loin pour l'instant !
SupprimerMais les chats adorent...
Tes commentaires n'apparaissent plus dans ma boîte à coucou (s) et je me demande bien pourquoi.
Bisous ensoleillés
Bisous pour toi et douces pensées pour nos mères respectives,pour la tienne morte si jeune et pour la mienne qui a été vaillante,elle aussi,jusqu'au bout.
RépondreSupprimerQuestion vie toute pourrie on peut en débattre. Dès l'instant où l'on perd sa fille unique à 43 ans en pleine beauté, tout semble TRÈS relatif...
RépondreSupprimerSi je compatis à ce qui est arrivé à votre fille, je remarque qu'une fois de plus (vous passez environ une fois par an) le second degré semble vous être totalement inconnu.
SupprimerJ'ai lu ce livre bien entendu mais j'ai surtout été marquée par "les Hauts de Hurlevent" d'Emily Brontë. Je trouve incroyable cette fratrie et la maturité de leurs écrits cependant, malgré leur très jeune âge (Emilie a disparu a trente ans). Elle apayé le lourd tribu à l'époque et à la maladie.
RépondreSupprimerDans les Hauts de Hurlevent tu es sur la lande, tu suis les saisons avec les plantes (la bruyère), tu as une grande connaissance juridique des conditions de transmission du patrimoine etc etc. Tu es un petit peu comme dans ton petit coin où il se passe plein de choses en quelque sorte, je te l'ai peut-^rte déjà dit lorsque tu nous as montré tes marécages.
Les livres de Jane Austen, il ne s'y passe rien mais tu ne peux te lasser de les lire et les relire...
(Je passe juste en vitesse pour te faire un petit coucou, j'ai une flemme incroyable / le blog. J'ai lu dans le journal qu'en Bretagne il fait beau en ce moment, c'est toujours ça de gagné ! Bises !)
J'ai bien sûr lu "Les hauts de Hurlevent" (Heathcliff est un vrai malade...) et je connais aussi la vie de cette fratrie particulièrement bouleversante. J'aime bien quand c'est possible, m'imprégner de la vie qu'ont eu les auteurs.
SupprimerJe suis aussi une grosse feignasse en ce moment. Oui il fait beau depuis trois semaines mais les températures ne montent guère dans les Monts d'Arrée. Il est difficile de se passer d'un pull. Les pivoines viennent juste de s'ouvrir...
Je mesure quand-même la chance que j'ai d'habiter en hauteur donc en zone non inondable (à part parfois, les coulées de boue de la forêt).
J'espère que Cergy a été épargné par la flotte. J'ai une copine à Nemours qui a eu 1 mètre 15 dans son pavillon du centre ville.
Dans la maison de mon enfance (j'avais 20 ans et j'étais seule - je ne dis pas la trouille que j'avais eue) j'avais connu le feu qu'on peut finalement toujours circonscrire mais pour l'eau il n'y a aucun moyen sauf a attendre la décrue.
Bises Lucie
Tu vois, c'est curieux mais les pivoines se portent comme un charme parce qu'elle viennent juste de s'ouvrir, d'ordinaire la pluie leur est fatale mais là elles étaient encore en bouton. J'habite sur le plateau, à Cergy-le-Haut, bien au dessus de l'Oise qui vient de Belgique et qui est simplement un peu boueuse et grosse (elle a noyé les écluses). Les villages qui la bordent notamment Cergy-village sont astucieusement en ce qui concerne les habitations construits au dessus de la ligne de crue, il y a des maisons récentes en contrebas et là elles ont la plupart du temps rehaussées (et les compteurs électriques surélevés) comme il était nécessaire le long de la Loire (même dans le quartier près de Nantes où habitait mon mari dans sa jeunesse, les maisons modernes étaient construites sur un plan bien défini même si elles était bâties en un endroit où il n'y avait pas des risque)
SupprimerIl n'est pas que l'eau des rivières, il y a aussi celle de ruisselement, lorsque nous avons emménag la végétation n'était pas encore implantée et l'eau menaçait de pénétrer par les porte-fenêtres lorsque la pluie était soudaine et forte. A présent, nous sommes entourés de "bocage" haies, arbres, buissons, massifs, cela aussi protège des inondations. Il y a trop de constructions et pas assez de parcelles arborées en ce qui concerne l'agriculture notamment
SupprimerFlorence - Testé pour vous
RépondreSupprimerBonjour...je suis actuellement dans une période lecture "romans policiers" où il n'y a pas à réfléchir, pas à se poser de questions en dehors d'essayer de résoudre l'énigme...et ça me va très bien...parfois, je décroche de la lecture, je ne sais pas pourquoi puis hop, j'y replonge encore plus fort...l'évasion, l'envie de voir sans bouger...hein que tu connais ça ? ;-)
Comment vas tu ? Es tu en pleine forme ou c'est du bof bof ? Allez, il faut s'accrocher, encore et encore et un jour...si, si, il faut optimiser au max ;-)
Je te souhaite une très belle journée, avec un bon livre, une bonne boisson fraîche (ici, c'est du 26° sous le soleil) et rien de plus ;-)