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vendredi 31 octobre 2014

Agnus Dei


Il y quelques années, un berger local a décidé de créer une fête pour la transhumance retour de ses brebis (l'aller est fait dans l'intimité), le principe étant de convier la population à accompagner le dit retour au bercail à pied. Il faut y aller et donc en revenir ce qui doit représenter environ 30 km. 


 
Lande où paissent les brebis.
 Les pâturages y sont maigres mais abondants. Le pâturage est une bonne technique de gestion de la lande, il permet à la fois d'éviter l'accumulation de matières sèches au sol et l'embroussaillement (il réduit ainsi les risques d'incendies) et il diversifie et améliore  les gagnages en limitant certaines plantes envahissantes.
Donc on monte dans l'Arrée, le berger, ses potes et les chiens réunissent le troupeau et tout ce beau monde (y compris la population...) descend vers le petit bourg en contrebas où les laineuses bestioles passeront la nuit dans un pré bien riche en herbe avant de retrouver leur bergerie le lendemain.

Généralement la troupe et le troupeau sont accompagnés d'un bagad et de musiciens divers et variés et pour être festif, ça l'est (si on apprécie la cornemuse écossaise...).


Or doncques cette fois particulière, tout s'était bien passé, aucun agneau n'avait eu le culot de naître pendant la descente et les 160 brebis avaient traversé le bourg sans problème majeur.




 Monsieur le Maire leur avait même prêté un pré à lui.

Vers un repos mérité pour les chiens...

Le berger avait posé sa clôture électrique, les chiens qui avaient bossé comme des chefs avaient été raccompagnés à leur ferme et nous étions partis vers le ciné-club (dont j'ai été la co-animatrice jusqu'en 2013) afin de diffuser le traditionnel film d'après transhumance, généralement un truc bien politique qui créé de grosses  tensions afin que le débat qui suit soit animé. Après le doc et en attendant le fest noz,  j'avais décidé d'aller faire une balade silencieuse (parce que la cornemuse ça use) vers l'écomusée. 



Et en passant devant le cimetière...




 Oui.
A ce point.
Partout-partout.
Et ce n'était pas vraiment normal.

J'avais donc cavalé derechef vers la salle de projection pour prévenir le berger et sa clique afin qu'ils viennent remettre un peu d'ordre dans tout ça.
Manquaient évidemment les quatre chiens, ne restait qu'un "tout seul" qui n'avait pu participer à la transhumance à cause d'une blessure à la patte et  la clique était déjà très avinée occupée à la buvette.

L'homme au bâton et le chien blessé avaient  mis plus d'une heure à libérer le cimetière de ses occupants provisoires. Il va sans dire que j'avais été pétrifiée d'admiration des savoir-faire de l'homme et du chien en vase clos.

Dernier coup d’œil
Mais à la sortie du cimetière un seul chien n'avait pas suffit à canaliser le troupeau afin qu'il réintègre le pré et ce dernier avait rejoué à celui qui s'échappe.
Mais dans l'autre sens.
Pour faire simple.
La bergère était donc allée récupérer les chiens fatigués à la ferme et au terme d'une période qui avait paru bien longue (surtout aux automobilistes bloqués), tout était rentré dans l'ordre.

A l'outlaw blanc qui traîne : le règlement  de la transhumance stipule que tous les chiens  doivent être tenus en laisse par leurs maîtres pour des raisons de sécurité... 


Il n'y avait pas eu trop de casse dans le grand jardin pourtant certains parents de chers disparus avaient porté méchante plainte contre le berger et ses brebis égarées. Mais le Très Haut et par l'intermédiaire du curé, avait heureusement absout tout le monde.

Mon héros...
A chaque fois que me prend l'envie de déménager vers un appartement en ville à côté d'un musée, d'un cinéma, d'une bibliothèque ou d'un prisu (et pourquoi pas une boulangerie pendant que j'y suis), je repense à toutes ces scènes qu'offre une vie paumée à bout de brousse rurale et sans lesquelles j'aurais aujourd'hui tant de mal à vivre.

Enfin parfois.

Mais parfois non.