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lundi 12 septembre 2016

Les trucs de la vie qui va

Août s'est achevé dans un flamboiement et les premiers jours de septembre ont tenté de l'imiter mais depuis quelques jours le 09 a bien du mal à tenir ses promesses.

Il y a eu quelques jolies surprises dans mon microcosme. Par exemple j'avais fini par croire que mon hirondelle faisait une grossesse nerveuse depuis le temps qu'elle stationnait sur son nid. Et puis le 26 août :

Je crains quand-même pour leur vie parce qu'ils n'auront pas eu le temps de bien grossir avant le grand voyage. C'est chaque année la même émotion qui me tord le cœur quand les derniers petits s'en vont.

Et puis il y a eu cette plante que je n'ai jamais plantée de ma vie (!) et dont les fleurs ressemblent à des lys. Elle d'abord fait une tige de plus en plus haute et elle a fini par m'offrir ça :



J'ignore comment elle a pu arriver là.

Un autre phénomène rigolo, c'est que des coprins chevelus poussent dans la jardinière des plantes aromatiques. Le coprin jeune est un excellent comestible mais il n'en pousse jamais assez en même temps pour s'en régaler.

 
La plante à la con semble terminer sa vie, toutes ses feuilles sont tombées et elle n'a plus aucune fleurs. J'ai essayé de récupérer des graines mais ce sont surtout des insectes que je récolte. Après tout, elles iront peut-être germer où elles le souhaitent sans que je m'en mêle.
la photo date du 23 août

Comme chaque année, une partie de mon jardin est envahi de liserons volubiles qui m'ont privée des phlox et autres belles odorantes. 


Quelques autres fleurs continuent de prospérer et en particulier les balsamines qui se resèment toujours davantage un peu partout. Ces plantes-là poussent vraiment dans rien, il y en a dans les murs de pierres et même dans le béton de l'allée qui mène à la bergerie.





Chez les chats, l'un s'enhardit chaque jour davantage quand une autre déprime un peu et ne trouve plus sa place à l'intérieur. Je ne sais pas comment alléger la peine de ma petite sans briser le bel élan du gonflé qui se croit tout permis (et qui me suit partout comme un chiot).



Belle semaine à vous.

lundi 20 juin 2016

La Petite


Michel a téléphoné hier soir.
Au mari pour son anniversaire.
C'est toujours moi qui décroche pour cause de malentendance du même.
Salut Petite...
Rewind.

Il y a longtemps, j'assistais à la pose de la première pierre de l'hôpital de Creil. Ambiance festive BTP, politiques, architectes, pontes des administrations diverses et variées et   responsables des entreprises qui se réjouissaient d'aller jouer au mécano et aux légos pour un bout de  temps. 

Le dirlo du futur centre hospitalier  s'appelait Henri, un charmant, un vrai gentil, un homme honnête, profondément. Il avait dit à l'architecte en chef  :
- je veux que toutes les boiseries de l'hôpital soient de la couleur des cheveux de cette charmante jeune fille.
C'était moi la charmante JF, cheveux courts colorés au henné que Nazika-mie me rapportait directement du bled.

J'avais mon fils aîné dans le ventre depuis quelques mois  et ce jour-là parmi  ceux qui m'accompagnaient, le sujet de conversation principal se situait à des lieues du futur chantier.
- Tu as vu, on dirait que la Petite est enceinte ?
- Ce n'est pas qu'on dirait, je l'ai vue à la piscine, elle l'est et pas qu'un peu !
- Tu sais qui est le père ?
- Ce n'est pas toi ?
- Tu es fou, moi, avec la Petite !
- Ben il a bien fallu ... pour ...
- C'est pas nous !
Tous ceux. Mes hommes. Moi devant et eux derrière ou à côté, jamais loin. Souvenirs barbaresques.
J'adorais ce terme « Petite » qui me renvoie aussi sec à la bouleversante et troublante chanson de Ferré, même titre.
Ce n'était pas un qualificatif macho ni réducteur vis à vis de mon jeune âge (par rapport au leur, hein, j'avais quand même 26 ans), c'était intensément tendre.
Tous amoureux de moi silencieusement et moi amoureuse d'eux tous, en bloc. Je n'aurais pas été amoureuse d'un seul individuellement, il me les fallait réunis parce que c'était comme ça qu'ils étaient les meilleurs.
En amour pour José, mon seul et unique capitaine-ingénieur, réfugié politique portugais  de la (pré) révolution des œillets qui avait refusé d'aller massacrer du nègre en Angola, un écorché vif qui se définissait comme métèque à jamais. 
En amour pour Michel le téléphoneur, adjoint du n° 1, bourge à mort,  sapé comme une gravure de mode fin XIXème (maintenant, il est sportswear-crocodile pas Dundee),  timide introverti qui rougissait comme un CM2 quand je lui prenais le bras pour ne pas me paumer ou tomber dans les sous-stations de l'aéroport d'Orly.
En amour pour Yves le brestois (celui de la plante à la con) à cause de ses blagues à même pas deux balles, de sa délicatesse pataugas et de son accent breton. 
En amour pour Henri, ancien de Saint-Cyr reconverti  presque sans traces, à l'humour à la fois décapant et raffiné, vieille France un peu parfois, à la main baladeuse juste ce qu'il fallait pour ne pas être osée, au visage d'ancien jeune premier ricain, genre Redford.
En amour encore pour n° 1 auteur de l'infraction.
Je craquais pour eux, pour leur tendresse de tous les instants, pour tous ces désirs presque jamais nommés. J'étais leur leur starlette, leur farfadette, leur Scarlett et c'était bien.
Ce fameux jour, nous nous étions échappés de la réception inaugurale et nous avions décidé d' aller déjeuner entre nous au château de Chaumontel, moi devant et eux derrière ...
Après le repas et avant le retour vers Paris,  nous avions fait une pose dans le parc pour nous dégriser un brin. 
 
Moi, allongée sur le dos dans l'herbe, mon ventre rond qui montait comme une douce montgolfière au rythme des respirations, eux posés autour de la « Petite », un peu maladroits, un peu gênés à cause de la rondeur jamais encore évoquée par la titulaire. 
 
Je ne me souviens plus lequel d'entre eux a parlé le premier de l'enfant mystérieux (Dis-donc Petite, tu ne nous couverais pas quelque chose ?), je ne me souviens plus lequel d'entre eux a relevé le premier et très doucement ma robe devant les autres pour voir.
Moi, allongée sur le dos dans l'herbe, la robe relevée sur le petit ventre blanc et tendu, eux, qui un par un avaient posé doucement leurs mains sur ma peau et avaient caressé l'enfant à naître qui faisait des vagues sous la peau. Ses bonnes fées à lui.
Toutes ces mains d'hommes mêlées avec amour sur un ventre de femme habité, sur un enfant que quatre d'entre eux n'avaient pas conçu mais qui tout aussi bien auraient pu. Il aurait suffit de demander bien poliment peut-être, puisque la Petite elle voulait un môme avant 30 ans.
Je ne me souviens plus lequel avait pris en premier son feutre pour dessiner un cœur autour de mon nombril.
Ce dont je me souviens c'est que le crayon était passé de mains en mains et que tous avaient tracé des pétales autour du cœur, puis une tige, puis des feuilles sur la tige, puis des vrilles rampantes sur l'enfant encore invisible.
Aucun d'entre eux n'avait osé poser la question : Qui ?
N° 1 avait colorié avec les autres.
Le temps était beau, l'air était aussi doux que les mains.
Taguée au feutre par mes hommes. Il avait fallu des jours pour que l'encre disparaisse totalement.
Interro-surprise  du gynéco qui suivait de près l'avancement des travaux en cours dans mon intérieur.
- Pas de père déclaré pour cet enfant-là, pas d'homme dans la vie de cette femme-là mais un genre de vigne fleurie tatouée sur l'abdomen.  J'aurais tout vu-vous alors.
Un des plus jolis moments de ma vie le parc de Chaumontel.
José est reparti au Portugal depuis  25 ans. Il appelle ici chaque nouvel an : Tu te souviens de la fleur ?
Il appelle aussi les autres.
En janvier, il a demandé à Yves si j'étais toujours aussi belle. « Ben non, elle est comme tout le monde, hein, elle vieillit...».
Yves c'est Yves, no comment. On ne s'est jamais quittés même s'il ne fait rien qu'à m'agacer. Tout le temps.

Henri est mort d'un cancer. Il avait été éjecté de Creil parce qu'il avait refusé de truquer les marchés publics pour la fournitures des blocs opératoires.
Relégué-muté dans une maison de retraite après avoir bâti un hôpital, c'est la mort assurée quand on ne vit que pour son boulot, c'est plutôt de ça qu'il est mort Henri.

Michel (qui habite toujours la région parisienne) a téléphoné.
Hier soir au n° 1 pour son anniversaire.
C'est toujours moi qui décroche pour cause de malentendance de l'auteur pas compositeur.
Salut Petite...
Il n'y a plus que lui qui m'appelle comme ça aujourd'hui. 
 
Avec le temps...



samedi 19 mars 2016

La bidoche dans la peau


Là où j'achète ma viande, il y a jeune bouchère nouvellement diplômée qui te trimbale des carcasses aussi facilement que des duvets en plumes d'oie. Elle manie scie, couteau ou feuille comme une brodeuse enfile son aiguille.
Elle doit mesurer 1,45 m, elle est toute menue et elle a un visage de madone. Comme je m'étonnais qu'une petite nana ait choisi ce métier, elle m'a répondu qu'elle avait toujours eu la bidoche dans la peau, elle m'a dit ça comme ça, exactement.

Sa passion lui vient de ses parents, anciennement éleveurs de vaches reconvertis dans la production porcine pour Hénaff.
- Mais ils ont une toute petite porcherie vous savez, seulement 600 truies ; j'ai toujours vécu là-dedans moi et comme les bêtes vivantes ça pue, j'ai choisi les mortes.

J'aime bien écouter les gens parler de leur métier et les gens en général adorent qu'on s'intéresse à eux. Donc la petite est devenue une sorte de copine. La dernière fois alors qu'elle désossait une épaule d'agneau, elle s'est donné un coup de couteau dans le bras. Ça pissait le sang.
- C'est rien, faut bien s'endurcir hein, on n'est pas des chochottes dans la boucherie. Ya que pour le poulet qu'on désinfecte, le poulet c'est vraiment mauvais.
Je n'ai pu m'empêcher de lui dire qu'avoir la bidoche dans la peau à ce point, c'était pas de l'amour c'était de la rage.

A chaque fois la gracieuse enfant m'offre un petit cadeau qui généralement se mange. Mais cette dernière fois elle m'a donné ça :

J'ignorais bien sûr l'utilité de ce petit truc.
(en fait il y en a deux)

Mon fils cadet :
Oh, un étui pénien pour pygmée...

vendredi 20 février 2015

J'ai dit non


"Cher ami, ne vois-tu pas que tout ce que nos 
yeux regardent n’est que le reflet de ce que nous ne 
voyons pas ?

Cher ami, ne sens-tu pas, ne pressens-tu pas qu’il n’y a qu’une seule chose sur terre, ce qu’un cœur peut dire à un autre, en le saluant, sans dire un mot" ?

(Documentaire "La femme aux 5 éléphants" de Vadim Jendreyko)



Depuis toujours on est tranché, on nous coupe des bouts et que ça taille et que ça élague. Toute la vie est ainsi. Elle nous arrache nos amours, nos plus chers, nos appartenances. Peut-être que les racines restent, qu'elles font leur place partout dedans, qu'elles prospèrent.

Les racines de la mémoire.
Mais vivre sans.
Sans eux.
Tous ceux qui sont partis.
Sans leur présence matérielle, physique.
Vivre seulement avec les racines.
Apprendre à conjuguer plus jamais.
A tous les temps, qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente ou que le soleil luise.
Tous ceux.
Toutes celles.
Que nous ne verrons plus...

J'ai dit non !
Chaque chose en son temps. 
S'il te plaît.


"Ois, écoute et entends bien ; car ceci advint, ceci survint, devint et fut, ô ma Mieux-Aimée, à une époque où les animaux Apprivoisés étaient sauvages. Le Chien était sauvage, le Cheval était sauvage, la Vache était sauvage, le Mouton était sauvage, le Cochon était sauvage, sauvages autant qu'il est possible d'être sauvage, et ils allaient sauvages et solitaires par les Bois Humides et Sauvages. Mais le plus sauvage de tous les animaux sauvages, c'était le Chat. Il allait son chemin tout seul, et pour lui tous les endroits se valaient". (Rudyard Kipling - Histoires comme ça)

Tu as tort Rudyard, tous les endroits ne se valent pas pour un chat. Son meilleur chemin c'est la main de son humaine, ou ses pieds, ou toute autre partie de son corps qu'il a choisi.

J'ignore si c'est mon énergie toute tendue vers ma petite et elle seule qui l'aide actuellement, j'ignore encore si ma volonté à la guérir, à la garder tout son temps normal de chat (et sans trop peser sur elle...) va vaincre la maladie mais ce matin, lorsqu'elle est arrivée pour me réveiller comme autrefois :

- elle vient chercher mes pieds sous le drap, elle les invite à sortir et elle leur fait la plus belle danse de joie qui soit...

J'ai eu le cœur tout gonflé de reconnaissance.