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jeudi 5 novembre 2015

Mémoire, etc. etc.


J'ai toujours apprécié les cimetières. Ça remonte probablement à la mort de mon premier frère. Ma mère passait une partie de sa vie sur la tombe de son fils  et l'endroit était devenu en quelque sorte un terrain de jeu (ou au moins un espace de liberté à l'air libre) pour moi.
Quand j'habitais encore la Beauce, je réunissais ma fratrie (conjoints et descendance) pour la fête des morts. Après le déjeuner, nous allions tous en cortège au cimetière de Chartres visiter nos chers disparus. Et c'était infiniment tendre. La troupe des enfanteaux s’égayait dans les allées, comparait les pierres tombales, questionnait et s'extasiait devant les tableaux impressionnistes que formaient les bouquets nouvellement déposés. Ce jour-là, la mort ne tenait pas plus de place qu'un bouquet de violettes séché entre les pages d'un livre aimé, la tristesse se faisait veloutée et soyeuse.

Tombe familiale (ma mère, mon frère et mon père dont le nom n'est encore gravé).

Tombe d'un petit garçon de quatre ans tout à côté.
Peut-être que pour laisser entrer à nouveau la vie en nous, que pour nous réapproprier tous les oublis de nous-mêmes accumulés, il nous faut faire ces pèlerinages vers ceux qui nous ont abandonnés et qui reposent, enfin apaisés.
Peut-être aussi qu'en dehors de toute sacralisation, certains rituels nous sont nécessaires.
Je n'ai pas de famille inhumée en Bretagne alors parfois et quelle que soit la saison,  je m'approprie celle des autres, connus ou inconnus.

Église et cimetière de la section de commune

A cet endroit repose le "vieux garçon" que j'avais évoqué il y a quelques mois.

L'infâme truc jaune est une "œuvre d'art" d'un peintre et sculpteur allemand qui prenait autrefois ses quartiers d'été chez nous. 



Un des petits abandonés
Je ne sais pas si j'y serais allée cette année. Habituellement, je ne passe pas par la section de commune pour me rendre au bourg, je passe par le lac. Mais en ce moment (et pour combien de temps ?), le dit bourg est en travaux (construction de chicanes un peu partout, ça va être chouette)  et il y a des déviations.
Si cette route est belle, elle est aussi très dangereuse surtout en ce moment avec les feuilles mortes qui la rendent glissante. Il y a très souvent des accidents à cause de son étroitesse.



C'était lundi. J'allais à la bibli.


Depuis hier matin il tombe des cordes.

vendredi 24 avril 2015

Mise en scène


Tout se met en place.

Les hirondelles, revenues de leur voyage migratoire déchirent le ciel de leur quête nourricière.
Les arbres mettent leurs feuilles, les bourdons bourdonnent, les chatons chatonnent. 


La lumière révèle chaque nuance de vert.


Les friches étincellent de pissenlits, autant de leurs fleurs que de leurs aigrettes. Les plantains comment à pointer. 



Les talus se couvrent d'anémones, d'oxalis, de stellaires, de compagnons rouges, d'ail sauvage, de myosotis échappées des jardins et de mille autres mystérieuses qu'il faudrait déranger pour les identifier. 


Les digitales s'apprêtent à déployer leurs grelots mais un peu avant, les sous-bois vont donner leur spectacle annuel.


Les vieux murs s'habillent de linaires, de pâquerettes, de campanules des murailles, de nombrils de Vénus, de fougères.

La nature printanière est une impressionniste.
Chaque année est une première fois.

On pourrait presque se laisser aller au bonheur, à cette joie primale de simplement voir, entendre, respirer.

Mais l'esprit s'échappe vers les bas fonds, vers un gigantesque cimetière marin où tant de cris muets sont ensevelis pour avoir osé espérer.
Plus tard dans la saison, des millions de personnes iront nager, naviguer, pêcher, se mêler sans mémoire à la mer où gisent, les yeux et le cœur rongés, les pauvres assassinés.

Car c'est de cela qu'il s'agit, d'assassinat.

vendredi 31 octobre 2014

Agnus Dei


Il y quelques années, un berger local a décidé de créer une fête pour la transhumance retour de ses brebis (l'aller est fait dans l'intimité), le principe étant de convier la population à accompagner le dit retour au bercail à pied. Il faut y aller et donc en revenir ce qui doit représenter environ 30 km. 


 
Lande où paissent les brebis.
 Les pâturages y sont maigres mais abondants. Le pâturage est une bonne technique de gestion de la lande, il permet à la fois d'éviter l'accumulation de matières sèches au sol et l'embroussaillement (il réduit ainsi les risques d'incendies) et il diversifie et améliore  les gagnages en limitant certaines plantes envahissantes.
Donc on monte dans l'Arrée, le berger, ses potes et les chiens réunissent le troupeau et tout ce beau monde (y compris la population...) descend vers le petit bourg en contrebas où les laineuses bestioles passeront la nuit dans un pré bien riche en herbe avant de retrouver leur bergerie le lendemain.

Généralement la troupe et le troupeau sont accompagnés d'un bagad et de musiciens divers et variés et pour être festif, ça l'est (si on apprécie la cornemuse écossaise...).


Or doncques cette fois particulière, tout s'était bien passé, aucun agneau n'avait eu le culot de naître pendant la descente et les 160 brebis avaient traversé le bourg sans problème majeur.




 Monsieur le Maire leur avait même prêté un pré à lui.

Vers un repos mérité pour les chiens...

Le berger avait posé sa clôture électrique, les chiens qui avaient bossé comme des chefs avaient été raccompagnés à leur ferme et nous étions partis vers le ciné-club (dont j'ai été la co-animatrice jusqu'en 2013) afin de diffuser le traditionnel film d'après transhumance, généralement un truc bien politique qui créé de grosses  tensions afin que le débat qui suit soit animé. Après le doc et en attendant le fest noz,  j'avais décidé d'aller faire une balade silencieuse (parce que la cornemuse ça use) vers l'écomusée. 



Et en passant devant le cimetière...




 Oui.
A ce point.
Partout-partout.
Et ce n'était pas vraiment normal.

J'avais donc cavalé derechef vers la salle de projection pour prévenir le berger et sa clique afin qu'ils viennent remettre un peu d'ordre dans tout ça.
Manquaient évidemment les quatre chiens, ne restait qu'un "tout seul" qui n'avait pu participer à la transhumance à cause d'une blessure à la patte et  la clique était déjà très avinée occupée à la buvette.

L'homme au bâton et le chien blessé avaient  mis plus d'une heure à libérer le cimetière de ses occupants provisoires. Il va sans dire que j'avais été pétrifiée d'admiration des savoir-faire de l'homme et du chien en vase clos.

Dernier coup d’œil
Mais à la sortie du cimetière un seul chien n'avait pas suffit à canaliser le troupeau afin qu'il réintègre le pré et ce dernier avait rejoué à celui qui s'échappe.
Mais dans l'autre sens.
Pour faire simple.
La bergère était donc allée récupérer les chiens fatigués à la ferme et au terme d'une période qui avait paru bien longue (surtout aux automobilistes bloqués), tout était rentré dans l'ordre.

A l'outlaw blanc qui traîne : le règlement  de la transhumance stipule que tous les chiens  doivent être tenus en laisse par leurs maîtres pour des raisons de sécurité... 


Il n'y avait pas eu trop de casse dans le grand jardin pourtant certains parents de chers disparus avaient porté méchante plainte contre le berger et ses brebis égarées. Mais le Très Haut et par l'intermédiaire du curé, avait heureusement absout tout le monde.

Mon héros...
A chaque fois que me prend l'envie de déménager vers un appartement en ville à côté d'un musée, d'un cinéma, d'une bibliothèque ou d'un prisu (et pourquoi pas une boulangerie pendant que j'y suis), je repense à toutes ces scènes qu'offre une vie paumée à bout de brousse rurale et sans lesquelles j'aurais aujourd'hui tant de mal à vivre.

Enfin parfois.

Mais parfois non.

lundi 17 mars 2014

Lundi 17 mars 2014.

J'ai toujours aimé flâner dans les cimetières, l'errance au fil des allées et carrés y est paisible et émouvante parfois.

Il arrive également qu'elle prête à sourire...



47 ans de religion pour Marie Claire...
Serait-ce la moutarde qui l'a aidée à tenir ?

Vite détrompée.


Sans condiments : 80 ans pour Suzanne.

(Ma Doue beniguet, 80 ans de religion)

Et puis, les innocents...