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mercredi 7 décembre 2016

L'assassinat du Père Noël


 
Un peu avant mon histoire avec Wanda (et à propos des rencontres virtuelles que nous sommes toutes et tous  susceptibles de faire), il y  en avait eu une autre  qui celle-là m'avait terrassée.
Pour faire bref, imaginez que je vous annonce comme ça, à froid, que tout ce que j'ai raconté ici depuis le début soit archi-faux, que je sois un personnage de fiction et cerise sur le gâteau,  que je sois un mec...

Une jeune femme possédait un blog (drôle, poétique, coquin parfois et surtout infiniment féminin) que je commentais régulièrement. Elle était aussi très présente sur le mien (l'ancien, clos sans tambour ni trompette parce qu'il m'arrive de disparaître de la toile sans laisser de fil...), toujours en délicatesse et en frôlement : une féline, tendre  et délicieuse personne.

Elle m'avait écrit assez rapidement en particulier  et au fil des mois, nous étions devenues très proches ; elle semblait avoir l'âge de mon fils aîné, elle aurait pu être la fille "rêvée" que je n'ai jamais eue.

 Bref je l'aimais.
C'est tout moi.
( je m'attache à une vitesse... )

Elle restait très mystérieuse quant à son image réelle mais on pouvait supposer qu'elle était ravissante aussi bien par des photos-reflets prises dans des vitrines qu'elle livrait que par ce dessin d'une célèbre bande dessinée pour lequel elle affirmait avoir servi de modèle.




Un soir je reçois un mail où elle m'annonce :


Marie, Je crois que je te dois une petite confidence mais chut... Je m'appelle Alain, j'habite près de xxx et je suis l'auteur du blog. Quand j'ai tissé de vrais liens avec quelqu'un, je dis tout, sinon, je laisse planer le doute, j'aime bien. Mais aujourd'hui je crois que je te dois cela...

Je lui demande de s'expliquer en même temps que je lui exprime mon malaise.  Elle il répond :

Marie, je comprends ton désarroi.

A priori, je n'ai pas besoin de me faire exister publiquement en tant qu'Alain.
Sauf que, comme dans ton cas, lorsque je commence à nouer une relation exceptionnelle avec une personne de la blogosphère, je ne peux plus rester dans la fiction littéraire.

C'est douloureux aussi pour moi, ce moment où il faut révéler l'identité du Père Noël.
Je voulais attendre que tu aies lu mon livre pour te dire tout ça.
J'ai posé cet acte de sincérité parce que j'aimerais te rencontrer un jour.
Marie / Alain – Alain / Marie

Je préfère l'acte de transparence, même s'il est douloureux pour chacun.
Je te présente xxx, 14 ans, ma dernière fille.
La photo a été prise dimanche dernier, dans le xxx.
Je t'embrasse.
Alain
ps. Comment va Léon ? 

A la lecture de cette phrase :
 
"C'est douloureux aussi pour moi, ce moment où il faut révéler l'identité du Père Noël" 

je crois que j'aurais été capable de l'étriper le Père Noël, s'il avait été en face de moi.

Je me suis d'abord sentie terriblement blessée, abusée, trompée,  humiliée et enfin stupide. Parce que même si je ne  lui  avais pas raconté ma vie sexuelle à l'imposteur,  je lui avais écrit avec mes tripes de fille comme si je parlais à une fille et que j'avais gobé comme une truite tous ses leurres, publics et privés y compris postaux.
Le diable (dont la plus belle ruse, etc. etc.) ne s'habille pas toujours en Prada, ce serait trop facile.

Il avait  eu ensuite le culot de m'envoyer un nouveau courrier où il m'invitait à passer quelques jours chez lui pour que nous mettions les choses à plat !

Je reconnais à tout le monde le droit de se créer un personnage de fiction public.

En revanche lorsque la racaille  le personnage s'immisce dans la vie de ses lecteurs (je n'étais pas allée la chercher chez elle, moi, l'héroïne du monde) et commence à faire de fausses confidences, il y a de quoi être enragée très déstabilisée.

Mais c'était quand-même  un tour de force incroyable tellement tout paraissait réel et tellement naturel. J'ignore  s'il a informé ses lecteurs masculins favoris (évidemment tous raides-dingues de la "Mère Noël") de la sumpercherie.

Pour en terminer, j'avais eu l'impression de me réveiller avec un travesti dans mont lit. 

Si son heure de gloire est maintenant passée, à ce jour "elle" sévit toujours.

 Personne ne l'a donc encore assassiné.




mardi 18 octobre 2016

...


Il y a l’indécence du monde dans lequel nous vivons et à laquelle nous ne pouvons échapper (sauf à faire l’autruche).

Il y a aussi ce qui nous atteint dans notre corps et que nous ne pouvons maîtriser (et en ce cas faire l’autruche ne sert pas à grand-chose, il faut attendre encore et encore et affronter comme on peut).

Il y a la mousson qui commence avec son cortège de gris et de brumes.

Le mois de septembre et le début d’octobre ont  été tellement flamboyants que j’avais fini par oublier à quel point la tristesse du temps peut peser sur l’âme l’esprit. Nous arrivons dans les mois noirs pourtant, et il va falloir s'y faire une nouvelle fois.

Vous savez, dans la vie étriquée que je mène, il se passe si peu de choses que je me demande si la tenue d’un blog se justifie encore.

J’ai plus la frite, pour rien, ni pour commenter chez les copines, ni pour publier.


Septembre et début octobre  :







 Alors, attendre que ma joie revienne ?

En attendant,  grand merci  pour la présence attentive que vous m'avez manifesté depuis  2014.

lundi 22 février 2016

Les enfoirés...


D'Orange !

Comme vous ne l’ignorez plus, j'habite au milieu de tout ça. Donc lorsque je dis que je suis perdue ce n'est pas toujours une image .

Sous le point rouge, mon "village".
Depuis quelques semaines, la lampe rouge de la Livebox clignotait par intermittence mais comme je paie très cher un abonnement pour conserver ma ligne téléphonique même en cas de panne internet, je ne me bilais pas trop (j'ai même un téléphone filaire pour pallier aux pannes électricité). Je ne m'étonnais pas non plus de ne recevoir aucun appel, en effet qui penserait assez à moi au point de m'appeler, je vous le demande ?

Et puis le 8 février au soir, le vide sidéral, le voyant de la livebox reste désespérément rouge et aucun des postes téléphoniques de la maison ne fonctionne plus. Pas de grésillements, pas de tut-tut, rien, le silence absolu.

J'ai réussi à avoir l'Orange de chez ma voisine au bout de trois jours (avant tous les conseillers étaient occupés) et là j'ai eu un enfoiré qui m'a juré sur la tête de sa mère que c'était dans ma tête à moi que ça déconnait : parce que votre ligne elle est impec, c'est votre appareil téléphonique qui est nase ! Je lui ai demandé quelles étaient les probabilités que trois postes rendent l'âme en même temps mais il a éludé la question.
Alors j'ai expliqué au monsieur que j'habitais un trou perdu ravitaillé par les corbeaux au milieu des bois et des friches, que la p'tite santé neurologique de mon mari (90 ans) flanchait parfois et qu'il m'était bien utile d'avoir au moins le téléphone, surtout la nuit (sans compter que j'aurais pu faire une chute de l'échelle de meunier qui mène à ma chambre et qu'étant donné la surdité du même mari, j'aurais pu gueuler pour appeler au secours...).
Sans réseau, je panique.
Je suis en zone blanche pour les mobiles.

Je passe sur les conseils a deux balles que les conseillers sont payés pour donner et j'ai dit au mec que s'il n’envoyait pas quelqu'un rapidement, j'écrirais au Canard Enchaîné, à 50 millions de consommateurs, au président de votre république, etc. Il m'a donc filé un rencard pour le 22/02, rencard qui me serait facturé au motif que je suis une brêle qui ne comprend rien à rien (ce montant  sera prélevé sur ma facture de mars, je n'ai donc aucun moyen de m'y opposer).

Bref, ils viennent de passer les dépanneurs de l'Orange et ils ont constaté qu'il y avait un fil  arraché dans le répartiteur téléphonique situé sur la voie publique. Il y sont allés directement au répartiteur les gars, ils n'ont rien examiné à la maison.

Ils venaient d'Amiens (Somme...). Un des deux employés ne parlait pas un  mot de français, il devait probablement être esclave travailleur sans papiers. Comme le code du travail devient de plus en plus une vue de l'esprit, j'imagine que s'il était tombé de l'échelle, il passait directement dans la case pertes et profits.

Là et présentement, j'attends le questionnaire de satisfaction que doit m'envoyer l'agrume. 




mardi 14 octobre 2014

Un poison nommé Wanda


Autrefois j'avais un album Picasa public où je déposais mes photos sur la pointe des pieds, discrètement, je me baladais chez les autres du monde entier, j'admirais.
Picasa ça fait voyager pas cher.

Et puis un jour j'ai  un commentaire écrit en polonais ! Les coms étaient traduits au dessous  et les traductions Picasa, si on n'a pas les bases de la langue, il faut vraiment être très intuitif pour les comprendre.
Bref, je remercie la dame (c'était une dame). Deux trois jours après, rebelote, un com pas possible sous mon Léon-chat-défunt encore à peu près en forme (pt'it chéri). 
Je réponds à nouveau et je me fends à mon tour d'un gentil com sous une de ses images (la mer Baltique en hiver).
De sept en quatorze, elle me dit de plus en plus de choses sur elle, sur sa vie, sur la musique, l'art, son mec, son môme, toujours sous une de mes photos.
Je ne comprends pas davantage, je me dis merde elle est architecte et elle s'exprime vraiment comme un blaireau. Moi aussi mais je le fais souvent exprès et puis je ne suis pas architecte.

Donc, quelque mois après, je publie la  photo suivante et elle (elle s'appelle Wanda) publie une image pratiquement identique prise dans la rue, soit les mêmes feuilles du même arbre sous la même pluie, au même moment mais d'ailleurs, du lointain.
Ma photo à moi
Elle est presque au bord des larmes Wanda et elle me demande : "Connais-tu la double vie de Véronique ?"
J'adore Kieslowski et j'ai vu deux fois « La double vie », un film magnifique et infiniment troublant (la bande son est à tomber par terre) avec Irène Jacob, lumineuse-émouvante comme d'hab.

C'est là qu'a eu lieu le tamponnage, la collision sévère, à cause de deux feuilles mortes et de Krzysztof. On a échangé nos mails et on a commencé une correspondance privée à l'aide de Google traduction. J'y passais ma vie, j'étais épuisée, j'essayais de comprendre la fréquence des mots, la tournure des phrases, les idiotismes, pour un peu j'aurais fait une formation accélérée de polonais.
Toujours sur Google et pour aller plus vite, j'ai essayé de dégoter une traductrice (où ça mène l'amour, hein ?) et je l'ai trouvée sur un site spécialisé en la personne d'une jeune fille polonaise installée à Montpellier pour ses études. Elle n'a pas voulu que je la paye, elle trouvait que c'était trop beau comme histoire : je le crois pas... (elle disait pas vraiment ça parce qu'elle s'exprimait comme dans les livres mais ça voulait dire la même chose, c'est juste pour abréger).
En même temps si j'avais dû la payer à la ligne, j'arrêtais illico les drogues dures.

Donc Wanda m'écrivait, je jetais un œil sur Google trad et si c'était pas clair, j'envoyais à Kaszia qui me retournait illico la version française en commentant, en me posant des questions persos, en me racontant un peu sa vie à elle, ses rêves, ses espoirs d'intégration dans le pays des droits de l'homme (elle aurait aimé devenir comédienne). Il lui arrivait de commenter aussi les missives de Wanda (bendidon, même pour une polonaise, elle est pas rigolote ta copine). On faisait ensuite la même chose dans l'autre sens.
Parallèlement, il fallait  que j'explique à Wanda comment retrouver une de ses adresses mail paumée parce qu'elle était néophyte en PC. C'était son grand garçon qui s'occupait de toute l'intendance en amont (même qu'il en avait marre mais comme il était encore à charge à 38 ans, il faisait un effort alimentaire). Je ne vous dis pas le nombre de captures d'écran revisitées par Kaszia que j'ai envoyées parce qu'on ne confie pas à son fils qu'on raconte sa vie en loucedé à une inconnue rencontrée dans un album photo.

Elle était très demandeuse de communication, d'affection, de chat (elle aurait bien aimé en avoir un mais son chirurgien de mari n'en voulait pas) et j'avais du mal à tenir le rythme.
Elle était souvent obligée de partir sur la Baltique pour tenir compagnie à la vieille tante radine de son mec qui ne l'était pas moins et ça me faisait un peu de vacances.
J'avais Kaszia aux fesses un jour sur deux (alors qu'est-ce qu'elle devient Wanda, et toi, j'ai plus de nouvelles, montre-moi ta Bretagne, c'est trop beau-bis, c'est si romantique tout ça, je raffole de votre histoire, vous deux alors).

Wanda s'ennuyait là-bas, c'était tristig même si c'était beau et puis il y fait un froid de grizzli dans les Rocheuses l'hiver, même au printemps. Alors elle raconte à la tantine pour elle et moi. Et la tantine radine trop émue lui offre un portable (j'imagine la tante Helena, 98 ans : je le crois pas, ça...).
Ma Wanda rapplique un soir alors que j'étais censée être en vacances d'elle-même, alléluia, tu vas être folle de joie, j'ai mon ordi à moi !

Un truc dingue, Wanda et moi, on était nées le même jour de la même année. (Alors la double vie de Véronique, pour quelqu'un de fragile et catho mortelle, c'est pas le meilleur film à conseiller).
J'étais devenue son double, sa jumelle, son fantôme, son je ne sais quoi d'impalpable : je lui avais été envoyée. C'est ce qu'elle m'écrivait.
J'aurais pu lui dire que c'était trop mais j'osais pas, j'avais peur de la blesser à cause de sa fragilité. Elle voulait que je rapplique en Baltique, qu'on se tienne les mains et qu'on aille se peler ensemble sur les grèves désertées (on n'aurait pas été fauchées sans Kaszia).
"Je suis sûre que tante Helena t'adorerait Marie".
Photo de Wanda
Quand je suis partie à Chartres pour tenir mon papa à l'ouest-vivant une dernière fois dans mes bras, je l'ai prévenue. A mon retour post-mortem, j'avais 50 courriels dans ma boîte à coucou. Plus une petite dizaine de Kaszia. Alors j'ai été lâche, j'ai viré mon album Picasa et à mon tour j'ai fait la morte. Même si c'est pas bien.

Tout ça pour dire (je n'ai jamais su faire court) :
Hier soir, sur la dalle d'ardoise du sas dehors, sous une pluie torrentielle, il y avait trois feuilles de pêcher qui tentaient de résister au vent et j'ai repensé à ce qui précède, à ces spirales dans lesquelles on se laisse embarquer parfois, à cause de la solitude ou de la vanité, j'en sais rien, j'ai songé aussi à l'impermanence des sentiments, à l'éphémère.
Ce matin, toujours sur la même dalle, j'ai vu un papillon en très petite forme que j'ai posé sur les buis pour l'aider à s'envoler.


La chatte l'a bouffé.