vendredi 24 avril 2015

Mise en scène


Tout se met en place.

Les hirondelles, revenues de leur voyage migratoire déchirent le ciel de leur quête nourricière.
Les arbres mettent leurs feuilles, les bourdons bourdonnent, les chatons chatonnent. 


La lumière révèle chaque nuance de vert.


Les friches étincellent de pissenlits, autant de leurs fleurs que de leurs aigrettes. Les plantains comment à pointer. 



Les talus se couvrent d'anémones, d'oxalis, de stellaires, de compagnons rouges, d'ail sauvage, de myosotis échappées des jardins et de mille autres mystérieuses qu'il faudrait déranger pour les identifier. 


Les digitales s'apprêtent à déployer leurs grelots mais un peu avant, les sous-bois vont donner leur spectacle annuel.


Les vieux murs s'habillent de linaires, de pâquerettes, de campanules des murailles, de nombrils de Vénus, de fougères.

La nature printanière est une impressionniste.
Chaque année est une première fois.

On pourrait presque se laisser aller au bonheur, à cette joie primale de simplement voir, entendre, respirer.

Mais l'esprit s'échappe vers les bas fonds, vers un gigantesque cimetière marin où tant de cris muets sont ensevelis pour avoir osé espérer.
Plus tard dans la saison, des millions de personnes iront nager, naviguer, pêcher, se mêler sans mémoire à la mer où gisent, les yeux et le cœur rongés, les pauvres assassinés.

Car c'est de cela qu'il s'agit, d'assassinat.

14 commentaires:

  1. Oui l'esprit pourrait juste être bien, respirer le printemps, et se rouler dans l'herbe, mais comme tu le dis bien, il y a tant de peine .... tant de haine .... pas facile d'être serein

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  2. Ton billet et tes photos habilleraient si bien un livre de sciences naturelles ...en grand directement c' est régal toujours de te lire ...tu sais si bien tricoter les mots ...
    Pas facile en effet ...la révolte et l' horreur baignent nos jours devant tant de peines ...ainsi va notre pauvre monde ...mais il ne faut surtout pas restreindre cette admiration devant la beauté du premier matin du monde ...On doit le respect à la vie ..mais quand la mort est programmée pour le profit de salauds c' est difficile ...:-(
    Plein de bisous tendres sur les ailes du vent

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  3. Bonjour Marie... Que j'aime te lire....
    Pourtant comme Mathilde, j'aime fêter la vie, et mon admiration, ma contemplation est sans limite devant le renouveau, devant la première rose... devant le vol d'hirondelles....
    Les drames sont légions.... les bateaux, les avions....la folie de l'argent... les tremblements, les tsunami.... et même impunément, faire liste de chiffres ... quand meurent tous les ans ces quelques 4000 âmes au détour d'un virage, dans des fracas de tôle ... dont on ne parle pas.............!
    Marie, est-ce égoïste de faire le choix d'ouvrir les bras vers le rire de l'enfant plutôt que d'imaginer son cri insoutenable de terreur ? Impuissance !!!
    Oui comme tu dis, la mémoire est sélective... elle oublie vite ce qu'elle ne vit pas!!!!!!!
    Même si mon esprit n'est pas indifférent au noir des profondeurs de l'humain, (loin de là)
    Je veux voir , entendre , respirer, cette joie primale qui m'étreint devant le spectacle de la nature, de la vie au printemps....
    Avec toute ma tendresse, Marie

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  4. A vous trois,

    Il y a des drames liés à la technologie, d'autres liés aux catastrophes naturelles ou encore parfois comme tout récemment, ceux liés à la folie d'un seul.

    Mais ceux liés au fait que chaque année, des millions de personnes soient obligées de tout quitter à cause des conflits, des persécutions ou de la pauvreté (et souvent les trois réunis) me terrassent parce qu'il y aurait certainement des solutions politiques qu'aucun état n'aura jamais le courage de mettre en place.

    En l'absence de stratégies (aussi bien européenne qu'africaine), les plus miséreux du continent africain et du Proche-Orient continueront d'affluer et les laissés-pour-compte ne tenteront plus de rejoindre l'Europe dans des rafiots pourris, ils utiliseront d'autres solutions bien plus radicales.

    J'ai encore en mémoire les images des boat peoples de la diaspora vietnamienne... Jamais on n'oublie ça et que ça recommence avec une incroyable ampleur me terrifie.

    Que ferions-nous si nous étions obliger de fuir à notre tour, où irions-nous ? Qui accepterait de nous accueillir ?

    Il y a cette poésie de Claude Roy qui l'exprime mieux que moi :

    "Jamais, jamais, je ne pourrai dormir tranquille.
    "Aussi longtemps que d’autres n’auront pas le sommeil et l’abri
    "Ni jamais vivre de bon cœur tant qu’il faudra que d’autres
    "Meurent, qui ne savent pas pourquoi.
    "J’ai mal au cœur, mal à la terre, mal au présent.
    "Le poète n’est pas celui qui dit : « Je n’y suis pour personne »
    "Le poète dit : « J’y suis pour tout le monde »,
    "Ne frappez pas avant d’entrer,
    "Vous êtes déjà là.
    "Qui vous frappe me frappe.
    "J’en vois de toutes les couleurs.
    ...

    Alors bien sûr que parfois il m'arrive durant quelques heures de faire le vide mais ça ne dure jamais bien longtemps.

    Pour autant, je suis aussi très contemplative, un rien me touche et m'émerveille parce que la nature (qui peut aussi être d'une infinie cruauté mais sans intention) est parfois grande pourvoyeuse d'émotions et de consolation sous nos climats.

    "Il ne s’agit plus de comprendre le monde,
    Il faut le transformer".

    Je vous embrasse

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    1. Et voilà encore un autre fléau subit par les habitants d' un pays qui est ô combien corrompu ...!!
      Ce poème de Claude Roy me touche plus que tu ne saurais le croire et avec ta permission je l' utiliserai un jour pour les petits de Colombie dont je m' occupe depuis 31 ans ...Tu vas me permettre de me renouveler pour ce qui est des motivations et participations à faire naitre ...Restons tout de même conscientes que nous ne pourrons tout résoudre ...mais l' océan a commencé par une goutte !!
      " Il ne s' agit plus de comprendre le monde
      Il faut le transformer ..."
      Merci pour ma méditation de ce jour...méditer n' est-ce pas contempler ...?
      Bisous ma Marie ? heureuse que tu aies croisé mes chemins ...:-)

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    2. Je te le copie en son entier Mathilde... J'avais trouvé ce poème dans un livre à la bibliothèque de Chartres il y a bien longtemps. Il ne m'a jamais quitté.

      Durant des années, j'ai aimé cette idée d'être une goutte dans l'océan des bonnes intention/actions et j'ai vraiment participé de toutes mes petites forces, sur le terrain le plus souvent puisqu'il s'agissait de "causes" de proximité. Mais je n'ai plus le courage d'avoir toujours tout à recommencer.

      Peut-être faut-il s'attacher à des œuvres plus modestes parce que bien sûr que non nous ne pourrons pas tout résoudre. Mais l'indignation est aussi un moteur, non ?

      Il y un livre que je vais probablement acheter : Trafiquants d'hommes (Andrea Di Nicola - Giampaolo Musumeci). C'est une enquête semble-t-il très poussée sur la plus révoltante agence de voyage du monde, celle qui envoie des peuples par le fond...

      Méditer et contempler se rejoignent dans une forme de paix, très certainement.

      Bisous Ma-Thilde... Pareil pour moi
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      Jamais, jamais, je ne pourrai dormir tranquille.
      Aussi longtemps que d’autres n’auront pas le sommeil et l’abri
      Ni jamais vivre de bon cœur tant qu’il faudra que d’autres
      Meurent, qui ne savent pas pourquoi.
      J’ai mal au cœur, mal à la terre, mal au présent.
      Le poète n’est pas celui qui dit : « Je n’y suis pour personne »
      Le poète dit : « J’y suis pour tout le monde »,
      Ne frappez pas avant d’entrer,
      Vous êtes déjà là.
      Qui vous frappe me frappe.
      J’en vois de toutes les couleurs.

      Pour ceux qui meurent parce les juifs il faut les tuer,
      Pour ceux qui meurent parce que les jaunes cette race-là c’est fait pour être exterminé,
      Pour ceux qui saignent parce que ces gens-là ça ne comprend que la trique,
      Pour ceux qui triment parce que les pauvres c’est fait pour travailler,
      Pour ceux qui pleurent parce que s’ils ont des yeux et bien c’est pour pleurer,
      Pour ceux qui meurent parce que les rouges ne sont pas de bons français,
      Pour ceux qui paient les pots cassés du profit et du mépris des hommes,

      Dépêche AFP de Saïgon … De notre correspondant particulier sur front de Corée … L’Agence Reuter mande de Malaisie … Le quartier général des forces armées communique … Le tribunal militaire siégeant à huis clos … De notre envoyé spécial à Athènes … Les milieux bien informés de Madrid …

      Mon amour, ma clarté, ma mouette, mon long cours,
      Depuis dix ans je t’aime et par toi recommence,
      Me change et me défais, m’accrois et me libère.
      Mon amour, mon pensif et mon rieur ombrage,
      En t’aimant j’ouvre grand les portes de la vie
      Et parce que je t’aime, je dis :

      Il ne s’agit plus de comprendre le monde,
      Il faut le transformer.

      Je te tiens par la main,
      La main de tous les hommes.

      CLAUDE ROY (Poésies - 1970)

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  5. Florence - Testé pour vous
    Bonjour...Tes photos sont superbes, les mots qui les accompagnent sont doux, mélodieux, puis la réalité nous rattrape et l'on sait que l'on ne vit pas dans un rêve mais bien dans la réalité, l'absurde, horrible, réalité.
    Je suis entièrement d'accord avec toi : ce sont des assassinats que tous laissons faire...on dirait que tout le monde s'en fout, que leurs vies n'ont aucune importance...ils vivent, meurent dans l'indifférence générale..limite on entend "bon ben ça c'est fait..encore des centaines de morts...ça fait ça de moins à gérer !"...c'est horrible, dégueulasse :-(
    Bon, je m'arrête là sinon je vais hurler..Je te souhaite une bonne journée, à bientôt

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    1. Merci de ton commentaire...

      Tu feras un billet lorsque Waza aura mis bas ???

      @ tout bientôt

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  6. Pourquoi certaines photos n'ont-elles qu'un format réduit ? J'aime beaucoup la seconde, tu habites au royaume des fées, Marie. Des digitales, des jacinthes des bois et surtout des fougères...
    Avant de partir en WEnd chez mon frère et ma belle-soeur dans les Vosges, j'avais eu le temps d'ouvrir la photo de ton chemin creux, celui aux vaches et aux sceaux de Salomon. Ces dames te regardaient d'un air débonnaire tout en trottant vers une destination à elles bien connue...
    En rentrant de WEnd, "Ooops !" tous tes liens étaient portés disparus

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    1. Je n'en sais rien Lucie, parce que je ne suis pas attentive à les réduire toutes au même format probablement. Je réduits souvent davantage les fleurs que les paysages, c'est pas très logique,
      je sais.

      La seconde photo a été prise aux Moulins de Kerouat, un écomusée. C'est effectivement un lieu magique par beau temps.
      Par beau temps encore (ou par grand froid sec ou encore neige), c'est le royaume des fées un peu partout ici, c'est vrai.

      Et les vaches disparues rentraient vers l'étable pour la traite...

      J'ai supprimé toutes les photos parce qu'une autre amie blogueuse m'a informée qu'il y avait des commentaires d'un goût plus que douteux dessous. J'étais mortifiée, jamais je n'aurais imaginé que de simples images de fleurs attirent les malades. J'ai trouvé un autre hébergeur qui semble correct.

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    2. Un ami de blog avait pris l'habitude, lorsque cela l'amusait encore (le blog lui a passé), de publier des messages qu'il antidatait et envoyait au début de son blog, ainsi il pouvait participer à des concours photo ou envoyer des clins d'oeil sans que cela interfère avec son actualité. Tu pourrais faire de même et héberger ainsi tes photos chez blogger

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  7. "Mais l'esprit s'échappe vers les bas fonds, vers un gigantesque cimetière marin où tant de cris muets sont ensevelis pour avoir osé espérer." C'est l'espoir qui donne la force de partir et de fuir le désespoir. Certains arrivent à se créer une vie meilleure ailleurs qui n'est pas leur chez-eux au départ et devient celui de leurs enfants, de leurs petits-enfants... Comme surtout c'est dur pour la première génération, celle des parents, des grands'parents...

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    1. Dans l'absolu tu as raison mais aucun pays ne veut accueillir ces migrants et je me demande combien il faudra de noyés pour prendre des mesures au niveau international.
      C'est une ignominie tous ces gens qui coulent. Je trouve ça insupportable.

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    2. Il n'est pas dit que l'Europe sera toujours un "eldorado", il y a des pays émergents où la croissance est forte, le changement de climat peut aussi avoir un rôle... De grandes civilisations ont existé en Afrique, en Amérique du Sud qui ont aujourd'hui disparu

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