Autrefois j'avais un album Picasa public où je déposais mes
photos sur la pointe des pieds, discrètement, je me baladais chez les autres du monde entier,
j'admirais.
Picasa ça fait voyager pas cher.
Picasa ça fait voyager pas cher.
Et puis un jour j'ai un commentaire écrit en polonais !
Les coms étaient traduits au dessous et les traductions Picasa, si on
n'a pas les bases de la langue, il faut vraiment être très intuitif
pour les comprendre.
Bref, je remercie la dame (c'était une dame). Deux trois jours après,
rebelote, un com pas possible sous mon Léon-chat-défunt encore à peu près en forme (pt'it chéri).
Je réponds à nouveau et je me
fends à mon tour d'un gentil com sous une de ses images (la mer
Baltique en hiver).
De sept en quatorze, elle me dit de plus en plus de choses sur
elle, sur sa vie, sur la musique, l'art, son mec, son môme, toujours
sous une de mes photos.
Je ne comprends pas davantage, je me dis merde elle est architecte et elle s'exprime vraiment comme un blaireau. Moi aussi mais je le fais souvent exprès et puis je ne suis pas architecte.
Je ne comprends pas davantage, je me dis merde elle est architecte et elle s'exprime vraiment comme un blaireau. Moi aussi mais je le fais souvent exprès et puis je ne suis pas architecte.
Donc, quelque mois après, je publie la photo suivante et elle
(elle s'appelle Wanda) publie une image pratiquement identique prise
dans la rue, soit les mêmes feuilles du même arbre sous la même
pluie, au même moment mais d'ailleurs, du lointain.
![]() |
| Ma photo à moi |
Elle est presque au bord des larmes Wanda et elle me demande :
"Connais-tu la double vie de Véronique ?"
J'adore Kieslowski et j'ai vu deux fois « La double vie », un
film magnifique et infiniment troublant (la bande son est à tomber
par terre) avec Irène Jacob, lumineuse-émouvante comme d'hab.
C'est là qu'a eu lieu le tamponnage, la collision sévère, à
cause de deux feuilles mortes et de Krzysztof. On a échangé nos
mails et on a commencé une correspondance privée à l'aide de
Google traduction. J'y passais ma vie, j'étais épuisée, j'essayais
de comprendre la fréquence des mots, la tournure des phrases, les
idiotismes, pour un peu j'aurais fait une formation accélérée de
polonais.
Toujours sur Google et pour aller plus vite, j'ai essayé de
dégoter une traductrice (où ça mène l'amour, hein ?) et je l'ai
trouvée sur un site spécialisé en la personne d'une jeune fille
polonaise installée à Montpellier pour ses études. Elle n'a pas
voulu que je la paye, elle trouvait que c'était trop beau comme
histoire : je le crois pas... (elle disait pas vraiment ça parce
qu'elle s'exprimait comme dans les livres mais ça voulait dire la
même chose, c'est juste pour abréger).
En même temps si j'avais dû la payer à la ligne, j'arrêtais
illico les drogues dures.
Donc Wanda m'écrivait, je jetais un œil sur Google trad et si
c'était pas clair, j'envoyais à Kaszia qui me retournait illico la
version française en commentant, en me posant des questions persos,
en me racontant un peu sa vie à elle, ses rêves, ses espoirs
d'intégration dans le pays des droits de l'homme (elle aurait aimé
devenir comédienne). Il lui arrivait de commenter aussi les missives
de Wanda (bendidon, même pour une polonaise, elle est pas rigolote
ta copine). On faisait ensuite la même chose dans l'autre sens.
Parallèlement, il fallait que j'explique à Wanda
comment retrouver une de ses adresses mail paumée parce qu'elle
était néophyte en PC. C'était son grand garçon qui s'occupait de
toute l'intendance en amont (même qu'il en avait marre mais comme il
était encore à charge à 38 ans, il faisait un effort alimentaire).
Je ne vous dis pas le nombre de captures d'écran revisitées par
Kaszia que j'ai envoyées parce qu'on ne confie pas à son fils qu'on
raconte sa vie en loucedé à une inconnue rencontrée dans un album
photo.
Elle était très demandeuse de communication, d'affection, de
chat (elle aurait bien aimé en avoir un mais son chirurgien de mari
n'en voulait pas) et j'avais du mal à tenir le rythme.
Elle était souvent obligée de partir sur la Baltique pour tenir
compagnie à la vieille tante radine de son mec qui ne l'était pas
moins et ça me faisait un peu de vacances.
J'avais Kaszia aux fesses un jour sur deux (alors qu'est-ce
qu'elle devient Wanda, et toi, j'ai plus de nouvelles, montre-moi ta
Bretagne, c'est trop beau-bis, c'est si romantique tout ça, je
raffole de votre histoire, vous deux alors).
Wanda s'ennuyait là-bas, c'était tristig même si c'était beau
et puis il y fait un froid de grizzli dans les Rocheuses l'hiver,
même au printemps. Alors elle raconte à la tantine pour elle et
moi. Et la tantine radine trop émue lui offre un portable (j'imagine
la tante Helena, 98 ans : je le crois pas, ça...).
Ma Wanda rapplique un soir alors que j'étais censée être en vacances d'elle-même, alléluia, tu vas être folle de joie,
j'ai mon ordi à moi !
Un truc dingue, Wanda et moi, on était nées le même jour de la
même année. (Alors la double vie de Véronique, pour quelqu'un de
fragile et catho mortelle, c'est pas le meilleur film à
conseiller).
J'étais devenue son double, sa jumelle, son fantôme, son je ne sais quoi d'impalpable : je lui avais été envoyée. C'est ce qu'elle m'écrivait.
J'étais devenue son double, sa jumelle, son fantôme, son je ne sais quoi d'impalpable : je lui avais été envoyée. C'est ce qu'elle m'écrivait.
J'aurais pu lui dire que c'était trop mais j'osais pas, j'avais
peur de la blesser à cause de sa fragilité. Elle voulait que je
rapplique en Baltique, qu'on se tienne les mains et qu'on aille se
peler ensemble sur les grèves désertées (on n'aurait pas été fauchées sans Kaszia).
"Je suis sûre que tante Helena t'adorerait Marie".
![]() |
| Photo de Wanda |
Quand je suis partie à Chartres pour tenir mon papa à
l'ouest-vivant une dernière fois dans mes bras, je l'ai prévenue. A
mon retour post-mortem, j'avais 50 courriels dans ma boîte à
coucou. Plus une petite dizaine de Kaszia. Alors j'ai été lâche,
j'ai viré mon album Picasa et à mon tour j'ai fait la morte. Même
si c'est pas bien.
Tout ça pour dire (je n'ai jamais su faire court) :
Hier soir, sur la dalle d'ardoise du sas dehors, sous une pluie
torrentielle, il y avait trois feuilles de pêcher qui tentaient de
résister au vent et j'ai repensé à ce qui précède, à ces
spirales dans lesquelles on se laisse embarquer parfois, à cause de
la solitude ou de la vanité, j'en sais rien, j'ai songé aussi à
l'impermanence des sentiments, à l'éphémère.
Ce matin, toujours sur la même dalle, j'ai vu un papillon en très
petite forme que j'ai posé sur les buis pour l'aider à s'envoler.
La chatte l'a bouffé.





Je me souvenais de tout…sauf de la fin…
RépondreSupprimerJ'aime vraiment ce que tu écris,tu as l'art et la manière et une belle honnêteté.
C'est une belle aventure douce amère,tu as bien de la chance de l'avoir vécue.
Bisoudoux
Cette fin-là n'y était pas ma Chamounette... Les feuilles de pêcher, le papillon, tout ça, c'était avant-hier.
RépondreSupprimerBelle aventure, tu trouves ?
Je ferais mieux de sortir dans la vraie vie pour voir de vrais gens, non ?
Enfin aujourd'hui en marchant, j'ai vu des chevaux (des pur-sang), deux moutons d'Ouessant, des moutons normaux et des poules. Et c'était bien, vraiment.
Bisoudoux à toi
J'aime beaucoup, les chevaux, les moutons et les poules.... à leur place , dans le pré.
RépondreSupprimerJ'aime les nouvelles bien écrites et j'aime encore plus la fin de l'histoire... celle qu'on n'attend pas!!!
celle qui est interchangeable suivant les jours et l'état d'esprit.
Beau travail.
Ce n'est pas une nouvelle, c'est la réalité même si elle peut paraître insensée.
SupprimerJ'avais écrit ce texte il y a un peu plus de deux ans et des feuilles de pêcher échouées sur la même dalle que les feuilles à l'origine de la collision, m'ont donné envie de la publier à nouveau, actualisée.
On peut faire des rencontres incroyables et passionnelles par le biais d'espaces personnels en ligne et ça m'est arrivé trois ou quatre fois parce que probablement je me sentais très seule ou bien parce qu'on a tendance à idéaliser l'autre vie en face qui semble tellement plus exaltante que la nôtre.
Je ne pense pas que ça m'arriverait encore aujourd'hui...
Mes bestioles étaient à leur place parce qu'ici : il n'y a que des prés, des friches et des bois.
Merci de ta fidélité et à tout bientôt...
J'adore la chute de ton texte! Moi aussi j'ai vu et revu La Double Vie de Véronique, qui m'avait ébranlée.
RépondreSupprimerLa vie nous offre parfois de ces moments de grâce où les histoires, les émotions se répondent dans un écho qui résonne longtemps après qu'elles se sont tues.
Wanda ne m'a jamais envoyé sa photo, j'aurais bien aimé pourtant. Qui sait alors si je n'aurais plongé (pas dans la Baltique) dans autre chose de plus troublant.
SupprimerCes moments de grâce dont tu parles sont les cadeaux que j'attends sans cesse de la vie, je n'en ai pas reçu beaucoup mais ils raisonnent encore en moi chaque fois que j'en ai besoin pour avancer ou simplement me tenir debout.
Belle semaine avec tes petits enfants.
je me demandais en lisant si c'était un exercice d'écriture ou bien du vécu. Je me laisserais bien aussi embarquer des fois, mais ce genre là ne m'est jamais arrivé. C'était beau mais trop, sans doute.
RépondreSupprimerC'est « du vécu » Mel et si les choses ont été valorisantes (Comment ça ? Moi je plais ? Il doit y avoir erreur sur la personne) quelques semaines c'est très vite devenu une énorme contrainte parce que je ne voulais pas la décevoir ni ajouter à sa très probable solitude. Mais effectivement, c'est très vite devenu trop.
SupprimerMeme remarque en partie que Mel:
RépondreSupprimerExercice d'ecriture ou du vecu? Je me suis posee la question en lisant ce texte.
Le virtuel peut amener bien loin comme on peut le lire dans les nouvelles: arnaques, amities, suicides en direct, decouvertes, pornographie, reves etc... des jeux fabuleux comme abominables.
Bonne chance pour decortiquer tout cela.
Thérèse, tu liras si te le souhaites la réponse faite à Mel...
SupprimerMais c'est vrai que le virtuel peut nous conduire sur des chemins que nous n'aurions probablement pas pris dans la vie réelle parce qu'alors tous nos sens sont en éveil (y compris le 6ème...). Notre cerveau reptilien (celui de la survie) ne fonctionne pas toujours sur Internet...
Vrai.
SupprimerUn "poison" nommé Wanda ? Etait-elle donc si "toxique" comme on dit aujourd'hui ? Chronophage c'est sûr.
RépondreSupprimerTes deux photos sont très attirantes, de vraies merveilles, le chat roux est un vrai sage son regard s'écarte. La pose est très anthropomorphique. Quant aux feuilles, il y a du subliminal dans le petit sigle dessiné par les gouttes de pluie.
Moi non plus je ne sdvais pas faire court à une époque, depuis j'ai appris, de même que toi tu as appris qu'il fallait que tu penses aussi à toi....
Cergie, c'était une référence de mauvais goût au film « Un poisson... »
SupprimerJe pense que Wanda (c'est son prénom réel) était une pauvre petite fille riche mais sans relations autres que celles de son époux qu'elle semblait ne pas apprécier (pas plus l'époux que les relations).
Peut-être aussi que ses goûts pour le luxe ont fait pencher un peu la balance à son désavantage. Nous ne vivions pas du tout dans la même sphère et parfois j'avais vraiment du mal à la suivre ; elle me trouvait très exotique avec mes vaches, , mes cochons et ma vie simple.
Mon chat Léon était vraiment un chadorable, mort tragiquement à 9 ans d'une maladie inconnue qui lui a mené la vie impossible durant une année. Très autonome avant, il s'est incroyablement rapproché de moi durant cette période et comme il ne devait pas prendre froid et donc moins sortir, il s'est mis à la lecture...
J'avais vu dans les gouttes d'eau la forme du signe « infini » et j'avais mitraillé jusqu'à ce que je puisse enfin la fixer. C'est bouleversant ce signe offert par la pluie, non ?
Je n'avais pas fait de rapprochement entre le papillon et la rose du Petit Prince, mais oui, il y a de ça dans sa pauvre vie (seulement comment empêcher un chat de manger un papillon ? J'ai déjà bien du mal avec les oiseaux).
Bien entendu "poisson" est ce que l'on lit tout d'abord, et non poison, et javais pensé à mes deux meilleurs amis de blogs qui m'avaient conseillé de faire le poisson rouge à cause de sa mémoire, ce qui permet de se préserver. Pourtant il paraitrait que le poisson rouge a une mémoire de 3 mois !
SupprimerPauvre papillon, malgré ses gros yeux il n'a fait peur à personne, il me fait penser à la rose du Petit Prince avec ses épines....
RépondreSupprimerUn chat au regard intense mangeur de papillons doit vouloir voler...
RépondreSupprimerJeanmi il faut suivre un peu : le chat au regard intense n'a jamais mangé ce papillon-ci... Il s'est envolé bien avant.
RépondreSupprimerCette petite chronique de rien du tout et pourtant si importante pendant un certain temps a eu comme toute chose un commencement et une fin. Il faut faire très attention au virtuel à ne pas se laisser embarquer par des sentiments d'émotion qui peuvent nous emmener très loin. En tous les cas, ton histoire n'est pas banale, même si tu y as mis fin, elle a sûrement été enrichissante.
RépondreSupprimerJe crois que je connais le "virtuel" depuis qu'il existe ou presque.
SupprimerTu sais, on se laisser forcément embarquer d'une façon ou d'une autre, parce qu'on est touché par une écriture, un style, une image, une grande culture, une forme de sincérité, que sais-je encore. Et au départ il y a forcément une forme d'émotion.
Ce que je n'apprécie pas dans un blogue ou sur tout autre espace, ce sont les maîtres à penser, les vaniteux, ceux qui se prennent pour des gourous et qui ne supportent aucune discussion qui n'aille pas dans leur sens.
Pour le reste je suis ouverte (même s'il m'est arrivé une fois de me faire avoir en beauté).
Bien sûr que ce genre de relation sans vraie rencontre a ses limites que j'accepte dès le départ ce qui n'empêche pas des échanges intéressants et chaleureux.
J'ai rencontré deux personnes connues sur leur blog ou un des miens et la collision a été absolument fantastique, à la hauteur de ce que nous en espérions.
Je ne dirais pas aujourd'hui que mon histoire avec Wanda a été enrichissante. Chacune essayait à ce moment-là de combler un vide, une énorme solitude.
Parce que c'était elle - parce que c'était moi : mais c'était trop...
Merci de t'être arrêtée.
Ce récit se détricote par bien des bouts
RépondreSupprimeret reflète de nombreuses facettes de nos élans...
Pas simple de laisser un p'tit mot,
ce serait comme conclure une réflexion qui n'a pas le goût de finir...
Si le chat a croqué le papillon,
mes songes, eux, continuent sur leur envol.
Et tant pis si de ma fenêtre ouverte, j'entends le rire des mouettes !
Une toute belle journée à vous, Marie.
Et... Si j'ai la présence bavarde, celle que je tais est tout aussi offerte. J'ai juste, par nécessité, l'énergie fort économe et le repos très gourmand.
A bientôt...
Au lieu de coudre ma chère Lydaine, tu devrais écrire
Supprimerparce que c'est chaque fois une délectation de te lire.
Dans mon bout de terre à 40 km de la mer, j'ai aussi entendu les mouettes aujourd'hui. Dès qu'il y du vent elles viennent se réfugier par vague près des vaches. Il doit exister entre elles un accord secret...
Continue donc de taire ta présence tant que cela te sera nécessaire, tu existes quelque part et c'est un bien beau présent.
@ bientôt ou à un autre jour
C' était un très beau roman ou simplement une belle histoire ..si bien contée ...un joli bout de plaisir dans un après-midi morne et triste ...!!
RépondreSupprimerIl me reste aussi à te dire un immense merci pour ce poème de Vénus sur mon blog ...tu m' as fait pleurer tellement il est beau :-)
Je t' ai répondu sur le post ..
Pour ce qui est de la musique je peste ...je l' aime tellement ...
un coup ça marche un coup ça merde ...depuis que Mr Google a fait faire de nouvelles mises à jour tout est plus compliqué ...même pour mettre des com ça saute ...il faut tout refaire ...:-(
Même avis que toi pour les mots tricotés par Lydaine ce n' est que du bonheur ...
Voilà Marie ce que je tenais à te dire si mon com veut bien passer
Tendresses
Ton com est donc passé...
SupprimerJ'étais (presque) persuadée que ce poème te plairait autant qu'il m'a plu, à cause peut-être d'une sensibilité similaire entre les personnes (qu'on peut parfois deviner au travers de ce qui n'est pas dit).
Tu sais au sujet de ce sculpteur, j'aimerais croire que dans sa vie, il respecte autant les femmes que les mères. Parce que ce sont tes mots (par l'intermédiaire de ceux de Venus) qui lui ont donné cette forme d'aura (si je puis dire).
Et je pensais que c'était mon système d'exploitation (Linux) qui m'empêchait d'écouter la musique.
Et que les mots de Lydaine soient du pur bonheur : c'est rien de le dire...
Je t'embrasse fort ma payse
D' un dimanche un peu grisou ...j' ai remis ma musique...mais celle que je préfère est celle des mots que l' on partage...même si on ne fait pas un roman à
Supprimerchaque fois c' est à chaque fois c' est toujours une belle petite histoire ...:-)
Moi aussi t' embrasse
J'ai cliqué sur Grooveshark et ça fonctionne !
SupprimerMerci Mathilde.
Je suis du même avis que toi pour les mots partagés, il n'en faut pas forcément beaucoup pour toucher ou être touchée, pour se reconnaître.
Ciel gris souris ici aussi, humidité et fraîcheur. Un temps à rester près du feu.
Tendres bises...