vendredi 20 novembre 2015

Pour détendre l'atmosphère : Nous deux G.G...


Durant presque 20 ans je suis allée en vacances à Belle-Ile en mer avec ma nucléaire famille.
On n'a jamais fait les choses à moitié chez nous, quand on aime, on ne compte pas. Donc : Février, Pâques, Été et Toussaint : direction l'île.
Au début, on louait une maison. Les enfants étaient  petits. J'avais encore le sourire.



Mon mari faisait du catamaran. Pendant que je m'occupais des enfants il sauvait les ophélies au bord de la noyade.

Mais le mari qui avait traîné ses tongues dans tous les pays dorés qu'offre le Club Med avec sa première légitime, s'était découvert sur le tard un goût pour la sauvagerie. Il avait reçu sans que je m'en rende compte une seconde l'Appel de la forêt.
Les hommes sont curieux. Quand ils ont vraiment envie de quelque chose et qu'ils n'osent pas se l'acheter seuls, ils nous l'offrent.
"C'est pour toi, prends, je te le donne". Un terrain boisé de 5000 m2 sur l'île, oui-oui, visité en saison sèche. Saules marsault, ajoncs, ronces et marigot en contrebas. Je le méritais bien. J'étais sa préférence à lui parce que moi je ne ressemble à personne.


En souvenir du bon temps (le sien), de ses auberges de jeunesse (après guerre...), "on" a décidé qu'une maison pour les vacances au fond, ce n'était pas vraiment utile  et que le retour à la vie de trappeur il n'y avait que ça de vrai.
Camping !
Lors du premier séjour (en saison humide) j'avais éclaté en sanglots devant l'ampleur du boulot.
Nos vacances en amoureux se passaient à débroussailler,  abattre, élaguer, brûler. Quand les gosses étaient là (les miens plus neveux et nièces la plupart du temps) on leur filait 20 centimes par pied de ronce arraché. Ils étaient vite devenus riches.





Il avait fallu que je relise vite fait mon Robinson Crusoë parce que nous les femmes, on n'a pas ce fantasme-là, les bois des îles. On cuisine et on lave le linge à la main dans les bois. Et il y en avait du linge. Nos terres étaient noires, les fringues étaient noires.
Pas épaisse la terre, 5 cm à peine et dessous le rocher. Aucune possibilité de se vautrer dans la boue en attendant la mort. Qu'est-ce qu'on mange ? Des grillades. 

Encore, tu rigoles ? Est-ce que j'en ai l'air ? Oui tu comprends, il fait un peu frais ce soir, j'aurais bien pris de la soupe. De la soupe ! Tu vas à l'épicerie mon bel oiseau et tu t'achètes une Liebig, je ne vois que ça.
Parfois mes hommes auraient également souhaité une tarte aux pommes ou un un poulet rôti. Le mari a même envisagé un jour ou deux de "me" construire un four néolithique pour alléger mes tâches. J'ai décliné l'offre. J'aurais sûrement dû fabriquer en plus la vaisselle had hoc pendant mes loisirs.

J'en avais marre. Quand il pleuvait, on devait rejoindre les tentes avec des palmes et les braises étaient inutilisables. Oui, tu comprends on mange encore froid.


Pendant que je vaquais à mes occupations robinsoniques le mari voguait sur son catamaran. Il sauvait les Ophélies au bord de la noyade (bis). 

Au fil du temps les gamins avaient fait des châteaux de sable, de la planche à voile, de la plongée, ils s'étaient initiés au flirt et peut-être davantage qu'en sais-je.






Moi je rêvais du catalogue Darty. 



 Pendant que je vaquais à mes occupations robinsoniques  le mari voguait sur son catamaran. Il sauvait les Ophélies au bord de la noyade (ter). 


Un jour j'ai dit : ça suffit. Terre ferme. Maison. Marie appelle maison. Ou plutôt : cantine-laverie.
Il y avait plein de laveries sur l'île où tous les navigateurs à l'escale venaient décrasser leurs nippes. Comme les marins devaient repartir avec la marée, ils étaient prioritaires. Les mères épuisées passaient après les marins. Des journées entières dans les arbres à la laverie.

Belle-Ile était déjà branchée. Quand je revenais des courses chargée comme une mule, il m'arrivait de croiser Mademoiselle Mireille (Mathieu), Monsieur Laurent (Voulzy), Monsieur Alain (Souchon), Monsieur Yvan (Levaï), Monsieur Gérard (Lavilliers) Madame Claire (Brétecher), Monsieur Le Pinsec  et même Monsieur François (Mitterrand) un jour et de loin...
Tout ça pour dire que trouver une cantine pas chère relevait du miracle. Il eut lieu, Dieu soit loué dans son infinie bonté. Le Forban à Palais. Pizzeria, pâtes à toutes les sauces, salades composées, bavette à l'échalote, frites, soupes, tartes, profiteroles, crème brûlée...
Au début de nos robinsonades, le Forban était tenu par un vrai forban. Il ne lui manquait que le crochet à la main, pour le reste il était à peu près aussi sympathique que le capitaine Bligh. Il n'aimait pas les gosses, il n'aimait pas les chiens, il n'aimait pas les terriens. 


Après un dernier appel dessiné sur le sable, j'étais allée rendre une petite visite au nouveau Forban pendant que mes 12 machines tournaient à la laverie un jour de tempête. J'avais vu une pancarte « Changement de propriétaire ».

Le miracle ? Christian. Le nouveau probloc. Un amour de mec, doux, gentil, câlin, généreux, tendre, tactile avec tous les éclopés du cœur qu'il reniflait à 100 mètres, comme moi. Je me dis que j'ai été guidée. On s'était reconnu tout de suite moi-Christian, on avait les mêmes écorchures.
Je reprenais du poil de la bête. Une fois par jour = Forban = Christian. Hors saison, il nous invitait souvent à bouffer, il nous racontait sa vie pleine de trous, sa DASS, ses frangins logés à la même enseigne, les revanches sur sa vie qu'avait pas été une existence, tout.
L'été, il offrait la bise à l'entrée, le kir aux parents, les glaces aux enfants. Tous les jeunes qui bossaient là étaient de vrais loukoums.
C'était gai le Forban. C'était chaud, c'était doux. C'était chez nous.

Puis Christian s'est mis à dire  : Nous-deux-Gégé.
- J'avais acheté le Forban nous-deux-Gégé.
- Je viens d'acheter le grand Bazar nous-deux-Gégé,
- Un bar à Brest, nous-deux-Gégé...
Il ne pouvait plus prononcer une phrase sans y mêler sa géraldine. Je me disais qu'elle en avait de la chance sa poule d'avoir un chéridou qui lui offre des choses avec des toits, avec des portes, avec un vrai four, tout le confort quoi. Je me disais que d'ici pas tard, elle rappliquerait avec ses têtards qui viendraient frétiller avec les miens et qu'elle me prêterait peut-être sa machine à laver, son fer à repasser, sa douche, entre filles ça se fait ; je me disais que Christian allait bien un jour nous la présenter.

Le Grand Bazar était devenu un salon de thé, bar, café-concerts branché-chic. C'est [nous-deux] Gégé qui devait en prendre la barre. Inauguration. Un monde fou. De jeunes serveuses magnifiques, sapées juste ce qu'il fallait pour ne pas avoir l'air à poil. L'une semblait avoir autorité sur les autres (parce qu'elle était un peu plus habillée...) : Géraldine !
Je lui avais sauté dessus : Ravie de faire enfin votre connaissance, Christian m' a tellement parlé de vous. Air perplexe du canon. Christian vous a parlé de moi, ah bon ?
Ben oui ma gazelle, c'est pas toi Géraldine ? Elle m'avait toisée, l'air subtilement interloqué puis avec un sourire narquois  elle m'avait indiqué du doigt  un vieux petit monsieur à l'air malade derrière le comptoir en train de faire des cocktails. 

C'était lui, Gégé, pas elle.
C'était Gérard l'amour de Christian. Je n'avais rien vu ni compris. La gay-attitude était également le critère de recrutement dans les propriétés commerciales de mon pote. Je m'étais sentie conne à un point  c'est rien de le dire.

Je t'ai déçue, Marie,  je croyais que tu avais compris.  Ben non mon ange et puis nos miches c'est nos miches, on s'en fout. L'essentiel c'est qu'on s'aime, nous-deux Christian, pas vrai ?
Je crois que  nous n'avons  jamais autant ri que ce jour-là.

Et je lui avais enfin livré  mes rêves les plus fous : faire copine avec sa Géraldine pour : voir plus haut.
- Mais ma grande, fallait le dire plus tôt ! Nous-deux-Gégé, c'est pas le matériel qui nous manque !

J'en reprendrais bien, une tranche de Forban par les temps qui courent.

Et pas pour le matériel...


16 commentaires:

  1. Que ça fait du bien de lire tes aventures aussi diverses que variées ...tu m' as bien fait rire ...!!
    Je connais Belle-ïle ...y ai été une fois et j' ai adoré ...:-)
    J' aime ton style " gamin de Paris " non ...je voulais dire " gamine de Chartres " ...En tout cas tu es une très jolie Nana si bien entourée de ceux que tu aimes ...Bravo-Bisous et Berci Marie

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    1. Mes aventures Mathilde ???

      C'est le plus souvent la vie qui va et qui vient dans toute sa banalité, la différence peut juste se situer la façon de le dire.
      Je ne crois pas non plus avoir de style (ça se saurait).

      Souvent j'écris comme je parle (eh oui) et c'est ce que ça donne.

      Sachant cela, tu n'auras pas honte de venir prendre un thé-citrouille (ou autre) au pied de la Cathédrale avec moi ?

      Bises ma payse

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  2. Je ris et pleure aussi…
    Tu es magnifique ma Mine
    Bises tendres

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    1. Je trouve aussi qu'il y a de quoi pleurer. Toute une vie d’abnégation...

      Je t’embrasse ma chamounette

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  3. pas d'autres mots!!! tu es magnifique et ton histoire ne l'est pas moins!
    un très bon moment à te lire!
    Pleins de bisous/tendresse

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    1. Je suis un peu confuse là... Mersi bras comme on dit chez les bretons.

      Un truc que je n'ai pas précisé parce que ça allait de soi, je n'ai jamais été gênée une seconde par les préférences sexuelles des gens, l'essentiel de nos vies est simplement de trouver un équilibre et d'être heureux.

      Un jour à la mairie de Chartres et alors que je demandais un extrait d'acte de naissance
      (qu'on ne voulait me remettre parce qu'il y figurait une mention marginale, la belle affaire), une vieille peau était venue me voir pour me dire qu'elle avait bien connu ma mère dans sa jeunesse. Et à cette époque, m'avait-elle dit l'air mauvais, votre mère aimait les femmes (elle aurait peut-être mieux fait de s'y tenir, maman, elle aurait évité ainsi bien des déconvenues...).

      J'avais été bêtement heureuse et fière que ma mère qui n'avait pas encore le droit de vote, ait pu braver ainsi publiquement la bien-pensance...

      Vend du Nord-Est et pluie, fait frisquet dans les montagnes bretonnes.

      Bisous Maryse

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  4. un moment de détente ... mais c'est beau belle-île mais le camping pas pour moi et pourtant je suis Bretonne!!!

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    1. Ne sont pas fous les bretons, ils laissent volontiers le camping aux touristes !

      Merci de votre visite en presque voisine...

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  5. Argh, je le savais que les vacances en camping c'était le mal ! Et les traversées maritimes à la voile, tout pareil je peux te l'assurer, bien qu'avec un peu plus de confort quand même.
    Tu as un don de conteuse matinée d'humour qui nous projette en plein dans l'histoire, nous laisse entrevoir les aspects difficiles de la situation et nous fait rire en même temps.

    Je me dis parfois que ce serait bien de vivre dans un tonneau, mais le lave linge et le four y sont requis, mes petits indispensables du bien-être domestique... puis la baignoire tant qu'à faire... et la chaudière, ça fait du monde. J'ai passé des étés en Ardèche, dans un confort réduit et sans eau (des gouttes à recueillir religieusement à la source), mais c'était l'été et c'était une vraie belle maison en pierres avec une immense cheminée où griller des andouillettes et cuire des pommes de terre sous la braise (l'été en septembre il fait frisquet le soir). Et un paysage fabuleux à contempler qui dévalait devant la maison.

    Moi aussi, j'aimerais bien goûter une tranche de Forban, surtout par les temps qui courent (et encore plus merci pour ton récit divertissant, émouvant et empli de tolérance).

    C'est étonnant comme un de tes fils te ressemble.

    (pour en revenir à la Chatounette, plus j'y pense, plus je me dis qu'un sauveteur d'Ophélies en détresse ne saurait refuser une Robinsonne poilue)

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    1. Nous sommes donc bien d'accord au sujet du camping (j'ai un peu navigué aussi mais j'ai vite jeté l'ancre, les espaces trop étroits m'angoissent et les skippers se croient toujours obligés de crier).

      En revanche et sans gosses, je n'aurais pas dit non à une maison en Ardèche l'été.

      Le Forban est fermé depuis un bout de temps maintenant, sinon je crois que je serais allée y faire un stage (même à la plonge, pour l'ambiance...)

      Tu sais, samedi dernier le capitaine est allé acheter des pieds de framboisiers au magasin vert local où une assos de Brest essayait de placer des chats abandonnées (en bonne santé, stérilisés et avec des papiers en règle, en ce moment ça vaut mieux). En rentrant il me dit qu'il a vu deux chats roux dans une cage, deux frères inséparables, et qu'il les aurait bien pris !

      La Robinsonne poilue n'est plus à l'adoption et le Vagabond ne vient plus que le soir lorsqu'il fait nuit. Tout à l'heure il a essayé d'entrer dans la maison mais je ne peux pas laisser la porte ouverte à cause de la température et de la pluie. Il miaule maintenant dès qu'il me voit, un petit miaulement un peu rauque.

      J'espère que tes contraintes de boulot se sont arrangées et que tu arrives à nouveau à rassembler tes idées (qui me paraissent pourtant très claires).

      @ bientôt.

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  6. J'adore ton récit, ton humour...et les photos de tes fils!

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  7. Vous êtes tous si beaux!
    Chez toi un grand brin d’humour indéniable qui rend la digestion plus facile. Quel chapitre tu nous offres là ! Une longue équipée vraie de vraie avec de véritables leçons de vie.

    P.S. Pour ce qui est du D----, je ne ne te recommande pas celui du centre de Toulouse… infernal.

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  8. Va comprendre l'amour, ma belle. Il t'en fait faire des choses et te donne des œillères (je parle pour toi comme pour Christian), mais malgré les années qui passent lorsque tu te retournes ce sont les bons moments qui te reviennent en tête, lorsque les enfants étaient là, lorsqu'il n'y avait pas de carrelage à briquer, juste le bonheur d'être autour d'un feu et qu'il était possible de se coller dans un lit de camp ou sur un matelas pneu de manger debout ou accroupi sans avoir des problèmes de dos ni de genoux... Et je suis sûre que très volontiers tu y retournerais à Belle Ile que ce soit seulement dans ces conditions et dans ces années là...

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  9. En ce qui concerne ma halle, pas la mienne mais celle de Vitry le François, il y en a dont toi qui ont été un peu vache avec elle, je ne l'ai pas défendue assez bien faut croire. Tilia a trouvé un lien qui la décrit ainsi "Ne dirait-on pas les belles nervures d'une feuille végétale immense ?"
    Je lui trouve un air organique, on se croirait sous les lamelles d'un immense champignon. Et puis je crois que les habitants de cette ville l'aiment. Ils n'ont pas eu la chance que leur cité soit épargnée par les bombardements. Détruite par Charles Quint. En 1940 détruite à 80% et en 1940 le solde pour faire 90%. Leur halle en châtaignier ils n'ont pas eu la chance qu'elle soit épargnée comme Paris ou la cathédrale de Chartres, ils l'ont remplacée par une halle en béton qui a demandé cependant du travail de coffrage et un sacré savoir-faire. Peut-être ont-ils les yeux de Chimène pour elle d'en être si fiers ? En tous les cas il est sans doute possible d'y faire un feu et de s'y abriter en cas d'intempérie...
    ;-)

    Bonne fin de journée, Marie !

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  10. Non pas en 1940 le dernier bombardement mais en 1940
    >
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Vitry-le-Fran%C3%A7ois#Le_martyre_de_la_Seconde_Guerre_mondiale

    Ceci dit, bien entendu il est tout à fait bien de dire ce que l'on pense vraiment !
    D'ailleurs ce matin je me suis vue écrire que je n'aimais plus les poupées, alors que je les aimais tant quand j'étais petite, sans doute pour compenser car ma mère n'était pas très câline... Maintenant je n'en ai plus besoin, et en plus les poupées il faut les aimer et pas seulement les regarder...
    Bises Marie

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