Si j'aime toutes les anémones,
j'éprouve un amour inconditionnel pour celles de Caen.
Lorsque j'avais à peine 10 ans, mon père avait
rapporté ce tableau à la maison. Il était sale, la vitre était brisée et le cadre en très
mauvais état.
Je revois encore ma mère couper un morceau de
verre au diamant pour remplacer l'original, nettoyer délicatement ce que je pense être une gouache et
enfin repeindre le cadre d'une couleur que je ne saurais plus
préciser.
Le tableau avait été accroché au
dessus d'un radiateur en fonte dans ma maison d'enfance. Je passais
des heures à le regarder toujours étonnée que quelqu'un ait pu
reproduire aussi joliment ces fleurs qui foisonnaient dans le jardin de maman.
Il est resté là jusqu'au moment où
mon père est parti habiter son nouveau logis avec sa nouvelle
compagne (celle-là même qui l'abandonna un matin de mai comme une
vieille godasse et sans prévenir personne).
Ensuite durant des années j'ai posé la
même question : mais où est le tableau de maman ?
Je
n'avais guère droit de cité dans le nouveau foyer de mon père et ce n'est qu'après qu'il ait été
placé en EHPAD et que j'ai été nommée tutrice que j'ai pu le visiter en toute liberté.
Le tableau était sur un mur de sa
chambre, au dessus de la table de chevet. Je l'avais donc récupéré
pour le suspendre dans la petite chambre de la maison de retraite
afin qu'il retrouve un maximum de ses anciens repères.
Lorsque papa est mort c'est mon frère
qui a vidé son dernier lieu de vie. Il m'avait dit qu'il garderait le
tableau aux anémones non pour ce qu'il représentait mais pour une forme de revanche ou de vengeance, je ne sais plus, parce qu'il n'arrive toujours pas à pardonner à notre père, les excès dont lui et moi avons été les victimes.
Alors je lui avais raconté tout ce que cette humble reproduction m'avait apportée et ce qu'elle avait suscité en moi de petits bonheurs. Il était pourtant resté catégorique : je le veux et je l'aurai ! (formule très familiale...).
Alors je lui avais raconté tout ce que cette humble reproduction m'avait apportée et ce qu'elle avait suscité en moi de petits bonheurs. Il était pourtant resté catégorique : je le veux et je l'aurai ! (formule très familiale...).
Et puis l'an dernier, quand il est venu
me « livrer » le bureau de mon père que personne ne souhaitait dans son "chez soi", j'ai trouvé le tableau dans un tiroir.
L'instant avait été
très émouvant. J'avais alors donné en offrande à mon frère, un tout petit
cheval suédois que ma mère aimait beaucoup et avec lequel il avait
joué lorsqu'il était enfant.
Tout ça pour dire (il faut toujours que j'en fasse une tartine pour pas grand-chose) que les anémones de
Caen sont rarissimes chez les fleuristes bretons alors qu'à Chartres, en février et en mars
il y en a toujours partout.
Et vendredi dernier, en traînant après avoir
raccompagné la vieille amie à la gare de Morlaix, j'en ai trouvé !
| Morlaix le 23 janvier |
C'est fou comme une fleur particulière
peut réactiver des pans entier de notre vie et l'éclairer durant
quelques jours, le temps que durent les roses les anémones...


Tellement touchante l' histoire de ce tableau aux anémones ...
RépondreSupprimerC' est beau un coeur sensible qui arrive à faire parler les fleurs ...
La prochaine fois que je vais à Chartres j 'essayerai de trouver ces anémones de Caen ... et je penserai très fort à toi :-)
Mathilde, je les trouvais chez le fleuriste qui est rue de la Porte-Guillaume, c'est sa boutique sur la photo avec les anges en arrière-plan...
SupprimerMerci-merci et tendres bises
Je vois très bien où c'est ...:-)
SupprimerJe suis revenue te relire tant le voyage des choses a toujours eu pour moi quelque chose de troublant ...qui toujours me touche...
Tu sais que le poème que tu as déposé chez moi va à ravir avec tes anémones dont le coeur a des couleurs minérales ....et c' est le coeur qui règne ici ...
"Ce qui n'est pas dans la pierre,
"Ce qui n'est pas dans le mur de pierre et de terre,
"Même pas dans les arbres,
"Ce qui tremble toujours un peu, "
Alors, c'est dans nous.
J' ai raison ...? :-)
Merci pour ces mots partagés et pour ces belles photos dans la grisaille de mon aujourd' hui ...
De tout plein mon coeur je t' embrasse
Oui, mille fois oui : tu as raison même s'il est plus souvent question ici de coeur en marmelade.
SupprimerMon petit bouquet a perdu ses pétales tout à l'heure et soudain tout est devenu plus triste mais tu es venue.
Ta grisaille n'a rien à envier à la mienne Mathilde, il pleut ici, si tu voyais. Hier soir il a tant grếlé que la chienne est rentrée recouverte d'une broque de glace (il faudra que je parle un jour de ma chienne et de ses amitiés nocturnes).
Je t'embrasse pareillement...
Bonsoir Mimine!
RépondreSupprimerElle est bien jolie ton histoire d'anémones!
Une grosses part de nostalgie, de regrets, de jeunesse qui passe bien trop vite, d'égratignures, de rancune et de rabibochage...
Finalement nous avons tous des anémones de Caen au fond du cœur, ça permet de nous comprendre et de partager nos émotions!
Pour ma part, j'ai trop trinqué enfant et ado, j'aime mieux ne jamais aborder ces sujets toujours vifs et douloureux comme des griffes métalliques indélogeables.
Un grand merci pour ce poème sur la grive, c'est vraiment très beau :)
Bises et bonne soirée :)
Toi aussi tu as été égratignée ? A ce point ?
SupprimerLa vie de certains enfants est vraiment un cratère de souffrances dont ils ne peuvent jamais s'extirper.
Mais bon, on est là, on est vivantes (donc on a survécu) et si parfois des nuages anciens viennent assombrir notre ciel, on souffle, non ? (même si j'ai toujours autant de mal souffler...).
J'aime beaucoup les poèmes animaliers et les auteurs du même nom.
Connais-tu "Bestiaire" d'Alexandre Vialatte ou bien Histoires naturelles" de Jules Renard ? C'est un régal, vraiment. Et puis il y a aussi "Histoires comme ça" de Rudyard Kipling (ce sont des contes) que je relis régulièrement tant ces histoires sont merveilleuses.
Je me refais une enfance comme ça, tu vois.
Et juste pour toi qui aime tant les libellules, une petite comptine de Jules Renard :
LA DEMOISELLE
Elle soigne son ophtalmie.
D'un bord à l'autre de la rivière, elle ne fait que tremper dans l'eau fraîche
ses yeux gonflés.
Et elle grésille, comme si elle volait à l'électricité.
Bises à toi
Merci :)
SupprimerTrop joli ces mots sur la libellule!
Bises et bonne soirée, Mimine
J'ai découvert "le chat qui allait son chemin tout seul" de Kipling grâce à Jean Claude Ameisen :
Supprimerhttp://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-le-chat-qui-allait-son-chemin-tout-seul-1
Auparavant une amie m'avait introduite à "Comment le rhinocéros se fit la peau", qui me parle beaucoup car je déteste les lits mal faits et à plus forte raison les miettes dedans aussi je ne prends jamais de petit déjeuner au lit
;-)
J'avais découvert « Histoires comme ça » à l'école primaire avec « L'enfant éléphant », c'est très vieux tu vois. Mais de toutes celles du livre, l'histoire que préfère est celle du chat qui allait son chemin tout seul. Rudyard Kipling a écrit ce recueil pour sa fille morte à l'âge de 7 ans. La « mieux aimée » sans cesse citée dans le bouquin c'est elle. J'aurais bien aimé qu'on m'appelle comme moi, tiens.
SupprimerSerais-tu une maniaque des lits au carré Lucie ? Ma p'tite chérie, tu n'aimerais pas le mien. Comme j'y dors seule, qu'il soit au carré ou pas m'est totalement égal. Par contre j'ai la folie des jolis draps ; je ne les collectionne pas mais je ne dormirai jamais dans des couleurs qui ne sont pas les miennes. Je déteste les draps blancs. Je déteste aussi les miettes pour d'autres raisons.
Je suis entourée de bois et d'une forêt domaniale couverts de jacinthes sauvages (les bretons les appellent « coucou » alors que les coucous c'est pas ça du tout n'est-ce pas) et d'anémones Sylvie. Le printemps y est un véritable cadeau.
J'aime aussi énormément les anémones pulsatilles dont il semble qu'elles soient en fait de la famille des renoncules : personne n'est parfait, même les fleurs...
Je n'ai qu'un vase rond et il était occupé par des roses mais c'est vrai que certaines fleurs y sont bien plus belles par les formes qu'elles prennent en s'épanouissant, comme les tulipes.
Tu as de bien belles histoires de famille, peuplées de souvenirs tangibles, je n'ai jamais eu ça (ni belles histoires, ni tableaux, ni vases...). Mais j'ai certainement eu d'autres choses qui ne sont pas prioritaires dans ma mémoire.
Je pense effectivement que mon père avait une forme de poésie en lui, il était très attaché à la nature et aux étoiles. C'était un très grand lecteur aussi, il a pu lire (malgré son Alzheimer) jusqu'à son presque dernier jour et même s'il ne comprenait plus, il déchiffrait encore parfaitement.
Quand j'étais toute petite (5 ans) il m'avait donné une chenille magnifique (j'ai un dégoût et une trouille d'enfer de ces bêtes-là) et il m'avait dit qu'elle deviendrait une chrysalide. Le mot chrysalide m'avait tordu le cœur, c'était le premier mot extraordinaire qu'on m'offrait... Par ailleurs c'était une vraie brute et un gueulard mais c'est comme pour les anémones pulsatilles, probablement (voir plus haut).
Et je vais t'avouer un truc : je n'ai jamais vu le film Harold et Maude. Vrai de vrai. Je me souviens de scènes avec Madeleine Renaud dans la pièce de théâtre et de mon agacement (Madeleine m'énerve). Je ne suis donc pas allée plus loin.
Au sujet de la danse, j'ai renoncé (à trouver un cavalier confiant ?). Quand au rock et autres danses de notre jeunesse, lorsque j'avais 20 ans, j'avais été invitée dans une boîte de nuit (je n'aime pas ces endroits) et j'essayais vraiment de me lâcher. Le beau frère de ma cousine m'avait dit : « comme tu es belle Jésus sur ta croix ce soir » . Tu imagines l'allure que je devais avoir !
Je n'ai jamais été à l'aise dans les démonstrations corporelles publiques et pourtant je suis loin d'être coincée, c'est comme ça...
Mais je me damnerais pour du Gewurztraminer.
Je déteste aussi les chenilles et pourtant j'aime les papillons. Cependant je me soigne, depuis que j'en vois de ci et de là je les trouve moins dégoûtante. Je vois encore mon père en attrapant une entre ses doigts...
SupprimerA propos de films et de livres aussi il est rare qu'on les aime en totalité mais c'est comme les gens (ton père par exemple) il faut prendre ce que l'on y trouve de bien, quelques citations qui font écho chez toi (comme dans "le cerveau de Kennedy" par ailleurs très long et pas très abouti ou dans le film Harold et Maud)
SupprimerTu devrais les peindre, les dessiner de toutes les manières pour en extraire encore toutes les miettes de ces souvenirs si précieux.Tes mains laisseront vagabonder ton esprit…essaie…
RépondreSupprimerBizoux
Elles sont fanées... Mais elles ont tenu un semaine quand-même, ce n'est pas rien.
SupprimerPour le reste : chui un boulet (comme pour la danse). Mais j'ai certainement d'autres qualités, en cherchant bien.
Il tonne, il grêle, il fait zéro, dans l'ordre.
Bisoux m'dame
J'aime aussi les anémones... parce que... parce que quoi?! as-t-on besoin d'un motif pour aimer une fleur.... des fleurs! car si tu as remarqué, elles ne sont jamais esseulées dans un vase!!! peut-être... est-ce une des raisons...
RépondreSupprimerj'avais tenté un petit coin de massif pour les voir revenir chaque année avec leurs couleurs de fêtes de village, de confettis...mais elle ne se sont pas plu là longtemps.... par contre par ici, elles sont chez tous les fleuristes , dans toutes les jardineries... et chaque année, je m'en offre un bouquet....
la semaine dernière j'avais acheté des tulipes pour mes tables, et gentiment, elles ont duré et durent encore...
Le passage du bureau.... m'a ému... je ne sais pas encore si je vais devoir me confronter à ces partages d'un cadre avec la tête d'un chien, qui attirait toujours mon regard.... tu aimes les anémones et j'aime les chien-loups!!! même sources peut-être....
Plein de tendresse pour toi, Marie
Tu as raison, c'est vrai qu'il y a des fleurs qui nous touchent plus que d'autres. En dehors des fleurs sauvages,
Supprimerles plantes cultivées (aimées ou détestées comme les dahlias) me renvoient souvent à ma mère.
Quand j'habitais Chartres, chaque année j'essayais d'en faire pousser mais ça n'a jamais été concluant ; ici ce n'est même pas la peine (terre acide et détrempée).
J'adore ton expression : "avec leurs couleurs de fêtes de village", c'est très joli, c'est tout à fait ça.
Et c'est vrai que dans les suites successives, il y parfois (souvent...) des heurts voire même des ruptures pour des conneries que personne n'aurait voulues auparavant (chinois, mon père en avait mais personne ne s'est battu pour celui-là...).
Tu vas l'avoir ton chien-loup, t'inquiète pas (et j'aime aussi ces chiens-là, ma mère en a eu deux).
Bisouilles ma jolie
Ton père avait des parcelles de poésie au fond de lui qui se traduisaient en acte par exemple avec l’attachement qu'il a montré à ce tableau. J'avais fait une petite gouache avec des perce neige que j'avais offerte à ma tante (et qui est à présent chez moi). Les perce neige étaient dans un petit vase que mon père m'avait offert pour mes bouquets de primevères ou autre petites fleurs, j'ai failli le donner à ma petite-fille mais sa mère s'y est opposé pour le moment alors je lui en ai donné un autre, parfait pour les pâquerettes et les pissenlits.
RépondreSupprimerJ'aime beaucoup les anémones en cette période de l'année, surtout en bouquet rond et en masse. Comme toi j'aime toutes les anémones avec une préférence pour les anémones sylvie qui fleurissent à la saison du muguet et des jacinthes sauvages dans "mes" bois...
RépondreSupprimerMa tante avait un grand tableau au dessus de son lit qu'avait peint ma grand mère. C'était une peinture à l'huile d'un bouquet de ces même anémones que sur le tien. Je l'ai échangé à une personne dont ma tante s'était beaucoup occupé et ensuite le lui avait bien rendu en s'en occupant beaucoup jusqu'à son décès. Contre un autre tableau de taille plus modeste que ma tante lui avait promis, qui était au dessus de son sofa et que je voyais chaque fois que j'étaie en visite chez elle : un pastel représentant de simples marguerites et des roses anciennes sans doute de notre jardin. Marguerite c'était le prénom usuel de ma grand mère... Et mon troisième prénom... Cet échange a convenu tout à fait aux deux parties...
(Le petit cheval est chez ton frère, tu sais donc où il est... Ce qui me rappelle Maud lorsqu’elle a jeté dans la mer la bague d'Harold. Ainsi elle ne pourrait pas la perdre. Te souviens tu de cet épisode ?)
SupprimerMerci pour le lien vers le marais "terre de légendes". Tu sais les marécages on en trouve partout, même au château de Versailles, où ils ont donné un coin près des potagers du roi surnommé "les étangs puants"
SupprimerPour toi ...quelques anémones sur mes carnets...Bisous marie
RépondreSupprimerJe viens de chez Mathilde :-)
RépondreSupprimerEmouvant billet d'anémones et de souvenirs !
Merci Fifi...
SupprimerC'est par le biais d'un billet chez Mathilde que je découvre votre coeur gros comme un bouquet de fleurs, d'anémones de Caen...
RépondreSupprimerAlors merci pour cet émouvant souvenir conté avec la délicatesse d'un enfant.
Belle journée
Comme de nombreuses mal grandies, je suis restée très gamine chère Moun.
SupprimerMerci de votre gentille visite.