lundi 30 mars 2015

L'X fragile


Vulgarisation : rendre accessible à tous

J'ai l'X fragile.
L'X (le vôtre, le mien, celui de tous les mammifères apparemment) est un chromosome.
Et parfois il est fragile. Ça peut donc affecter tout le monde la fragilité, même les chromosomes.

Lu dans Le Monde (un vieux qui traînait) :
"L'X fragile est un syndrome qui se traduit par des troubles du comportement, des difficultés à maîtriser les émotions, des troubles de l'attention et parfois des symptômes de type autiste".
C'est complètement moi.
Or donc ce fameux syndrome atteint en moyenne une personne sur 4000 et il se caractérise principalement par un retard mental. 
CQFD, je réitère, j'ai ça.
Pour résumer, l'X fragile est dû à une mutation très particulière du gène FMR1 situé bien entendu sur le chromosome X et qui consiste en une répétition anormale d'une séquence ADN.

Est-ce clair jusque là ?
Continuons-nous ?

La protéine produite à partir de ce gène (le FMR1) régule l'activité de récepteurs glutamatergiques dits "mGlu5" (pour simplifier) et comme tout le monde l'aura aisément compris, c'est cette protéine qui est  indispensable au  bon fonctionnement des connexions entre neurones.
En son absence, l'activité des récepteurs mGlu5 est trop importante ce qui expliquerait (conditionnel...) les symptômes, soit, bingo, mon le retard mental.
Des chercheurs ont montré (pas démontré, montré, genre   regarde voir le drôle de machin qui traîne là-bas) qu'il était possible de prévenir les signes cliniques et les altérations cérébrales chez un modèle de souris en diminuant le nombre de récepteurs mGlu5 par transgenèse au moment de la conception.
A noter  : Au moment de la conception. Ce qui à mon sens doit signifier que plus tard t'es foutu mais non, faut pas croire.

Il semble que des résultats intéressants aient été obtenus lors d'essais cliniques préliminaires sur de petits effectifs et de courte période (je ne saurais être plus précise et l'article non plus).
« Ces travaux confortent la théorie glutamatergique mais ne permettaient pas de répondre à la question fondamentale de savoir si les caractéristiques de l'X fragile chez les mammifères peuvent être prévenues ou corrigées par des inhibiteurs de mGlu5 débutés tardivement » (labos Hoffmann-La Roche, Bâle).
Pour vérifier (c'est-à-dire les résultats intéressants, on suit toujours ?), "ils" ont utilisé un nouvel antagoniste (synonyme : combattant, concurrent, contraire, ennemi, lutteur...) de ces récepteurs (les mGlu5).

Je vous fais grâce du nom du concurrent mais il a été utilisé chez des souris à l'X fragile et poursuivi pendant un à quatre mois (je ne saurais une nouvelle fois être plus précise, bis, la durée n'a peut-être aucune importance puisqu'elle n'est jamais indiquée).

La régression des anomalies ainsi obtenues confirme que, sur un modèle murin en tout cas, un traitement de longue durée (Le journaliste a l'air perdu dans les durées) peut renverser le cours des choses.
Murin ? Tiens donc. Je vérifie dans mon dico : nom vernaculaire donné en français à des espèces de chauves-souris, les vespertilionidés.
Ouf. Les chauves-souris ne sont pas foutues, elles.


Photo web
Cette belle démonstration a convaincu des cliniciens et des parents d'embarquer des patients (humains je suppose, parce que pour convaincre des murins faut au moins parler la langue) dans des essais thérapeutiques.
Un autre labo suisse (Novartis) bosse comme un malade sur un nouvel antagoniste, l'AFG 056 (un bien joli nom pour un tueur) testé actuellement chez 160 adolescents en double aveugle contre placebo.

Dans une étude précédente avec le même ennemi antagoniste médoc et à Lausanne cette fois, une amélioration des troubles du comportement (seulement ça,  ça ne change encore rien au retard mental) a été obtenu sur 30 individus (mais ayant une empreinte génétique particulière). Ce qui nous avance considérablement, puisque l'empreinte génétique particulière n'est pas citée.

Je ne vais pas vous saouler davantage ni avec la fin de l'article (qui finit par conclure qu'un suivi pédagogique particulier associé à un suivi psychologique demeure indispensable...) ni avec mon retard mental, ce n'est plus un secret pour personne mais au moins  vous savez maintenant pourquoi je ne suis pas nette (c'est pas de ma faute, c'est mon X qui déconne).

J'ai donc traduit en fonction de mon handicap.

Pour résumer :  vous conviendrez que rien n'est si clair que ça  sauf à s'accrocher à la rampe et au dico... (et même là encore).

Mais les journalistes scientifiques et la vulgarisation, 
n'est-ce-pas ? 

En 2008 j'étais allée voir et écouter Hubert Reeves à Morlaix. 

Photo presse locale
C'est pas la moitié d'un con Hubert, il est quand même astrophysicien, humaniste et militant écolo planétaire qu'à côté j'en connais qui peuvent aller se rhabiller parce que lui il en connaît vraiment un rayon et il ne mélange rien.
Et bien j'ai compris tout ce qu'il disait et sans dico. Et pas que moi, on était 1400 à comprendre.
Sans dico ni traduction simultanée.
En plus il est adorable, il se prend pas la tête, il te dit que non, ta question elle est même pas bête, que lui-même se l'est déjà posée. Et puis il est d'une tendresse, je te dis pas, que tu vas lui serrer la main à la fin et que tu meurs d'envie de l'embrasser et qu'il sent bien Hubert que t'en crèves. Alors il te fait ses yeux, là, que tu connais et il te tend son  beau visage et il te rend ton baiser que tu te laves plus pendant un mois tellement t'as eu de fierté et d'honneur et tout et tout, d'avoir eu un baiser sur ta joue. 
D'Hubert. 
Himself. 
Parce que j'en ai eu un, un baiser (je ne suis pas la seule mais pour une nana à l'X débile fragile, c'est quand même pas mal ).
Mais je m'attendris moi, là.

J'en reviens aux rats morts et aux souris. C'est la matière première de la recherche scientifique. Je croyais (jurez-moi que vous  le croyiez  aussi) que toutes les pauvres bestioles utilisées étaient celles qu'on voit toujours :


Photo web
Or souris est aussi un nom vernaculaire (comme murin) et en fonction des essais, différentes sortes de souris (ou de rats, le rat est aussi une souris) seront utilisées. Si vous êtes atteints comme moi d'une fragilité que je ne nommerai plus, les essais pour tenter de vous me soigner seront faits sur des murins (soit des chauves-souris). Les études sur le diabète (en dehors de la mouche drosophile avec laquelle nous avons également de nombreux points communs) seront faites sur d'autres espèces.
Mais la grande vedette, le super-héros des labos, c'est le rat taupe nu (heterocephalus glaber) qui n'appelle pas franchement le baiser. Il est utilisé dans la recherche contre les cancers. Il promet beaucoup.
Et ce n'est pas un animal fabriqué, il est originaire d'Afrique de l'Est et sa vie originelle est époustouflante. 

Photo web
Mais abandonnons l'épigénétique. Et puis les souris aussi. Trop de souris nuit. Pourtant que deviendrait Le Monde sans elles ? 

Tout ça pour dire...
Si elle avait une bonne aisance verbale, ma mère  était illettrée.
École jusqu'à 11 ans, puis un bête accident  la maintient trop longtemps à l’hôpital  (son père avait cogné un pied contre sa tête par inadvertance).
Ensuite  au boulot feignasse, t'es pas toute seule, il y en a huit autres à nourrir.
Sans pratique, le peu qu'elle avait appris s'était fait la malle durant son apprentissage  chez les religieuses à cornettes de l'hôpital de Chartres où elle finira sa carrière laborieuse en tant qu'infirmière "maison". 

Je ne suis jamais allée à l'école maternelle. Et en pointillés en primaire, à cause de mes frères et sœurs des gosses de ma mère qui deviendront rapidement les miens. Je lui en ai voulu. Terriblement. 
En CE1, je rédigeais moi-même mes mots d'absence pour l'école, j'écrivais à mon père (le plus souvent éloigné à cause de son travail) pour lui dire que les allocs n'étaient pas arrivées ou pour qu'il signe tout un tas de formulaires où il était inscrit en bas : "signature du chef de famille".   Presque tout ce qui était administratif m'a été dévolu dès  l'âge de huit ans. Quand je ne comprenais pas il nous fallait aller demander à la voisine qui soupirait. "Encore"... Et ça n'a jamais été sans conséquences pour ma mère, elle avait honte et j'avais  honte d'elle aussi, ce n'est rien de le dire.
Mais avec le recul, je me dis que moi qui ai su lire à même pas cinq ans (j'ignore totalement comment j'ai appris) j'étais son tuteur-lecteur-écriteur à ma mère, sans moi elle aurait été paumée.

Et elle aurait adoré que je lui raconte ces histoires de chromosomes et de muridés (famille de mammifères terrestres rongeurs dont font partie la souris et le rat et à ne pas confondre, surtout, avec les murins qui volent alors que le rat-taupe, non), elle aurait adoré aller écouter Hubert Reeves.




Pour la plupart d'entre nous  la lecture est un automatisme. De même et avec un peu d'efforts, nous sommes capables de maîtriser et de décrypter la plupart des textes que nous lisons. Mais pour un certain nombre d'autres personnes,  c'est un défi insurmontable et surtout terrifiant (Il y aurait encore aujourd'hui 30 % de la population française en situation d'illettrisme. Quelle  est la capacité à disserter, à analyser un document, à produire un rapport écrit, à avoir une ouverture sur les cultures du monde de tous ceux qui sont à la limite ?  Les onze mesures prises à la suite du 7 janvier de Najat Vallaud-Belkacem me font doucement rigoler...).

Pour ne pas mentir, j'ajouterai que maman s'est réapproprié la lecture à 49 ans après qu'elle soit tombée malade.

Au tout début,  je lui lisais des passages d'un bouquin dont je savais qu'elle l'aimerait, nous lisions ensuite ensemble puis je la laissais un peu sur sa faim et ensuite à ton tour, allez, reprends derrière moi. J'avais été bluffée de la rapidité avec laquelle elle s'y était remise.

Le pli était pris et jusqu'à sa mort en 1974 à l'âge de 52 ans, il ne s'est jamais froissé.

Je suis donc la fille de cette dame imparfaite et douloureuse, le résultat de tous ses manques et manquements. (C'est certainement pour ça qu'en dehors de toute mutation j'ai l'X fragile...)


               (Et je devrais ouvrir un blog moi, tiens,  je pourrais m'étaler davantage).

 



22 commentaires:

  1. C'est ce qu'il fallait démontrer!!!!
    Elle était bien belle ta maman et tellement vivante sur ces photos
    Bises pondues du jour

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    1. Toutafé et c'était si simple au fond.

      Je crois que les photos de maman datent d'une époque où elle était à peu près heureuse (donc avant ma naissance...).

      Bises embrumées

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    2. Ah,non,ne va pas culpabiliser sur ce coup là,cela aurait été dommage que tu ne naquisses point!!!!
      J'ai vérifié pour la conjugaison….

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    3. Naître ou ne pas n'être...

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    1. Si tu savais comme il est confortable en plus... Un vrai loukoum.

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    2. Et la barbe? Soyeuse?
      toi qui t'y connais,dis moi…..

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    3. Je vais te confier un grand secret : je n'ai pas eu l'occasion de me frotter à celle que je connais depuis si longtemps que j'ai oublié (mais de mémoire elle était plutôt rude).
      En revanche celle d'Hubert m'avait paru bien douce (il est doux de partout c't'homme-là j'te dis...).

      Tu ne trouves pas qu'il ressemble à Alexandre Soljenitsyne ?

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    4. Lorsque je dis partout, je parle évidemment de l'extérieur : il portait une chemise de flanelle, un pantalon de velours et des chaussures de daim...

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  3. Pour le rat taupe..je ne suis pas vraiment fan,mais j'ai un grand cœur,sauf pour les crocodiles,mais ça t'es déjà au courant!

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    1. Je ne sais pas si tu as lu le lien mais vraiment, ce n'est pas n'importe qui le rat taupe nu pour un mammifère. Il mérite de la considération.

      Je sais ma mie pour le croco mais peut-être que s'il avait la peau plus douce (comme celle Hubert par exemple) tu changerais d'avis.

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  4. Tu as l'X formidable, en fait. Et je m'interroge à présent sur le mien vu ce que tu arrives à faire avec ton tien à toi que t'as.

    Mon séjour au Japon, alors que je ne suis que francophone (juste quelques vagues traces d'anglais et d'allemand), m'a fait percevoir magistralement ce que pouvait vivre un illettré.

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    1. Je fais illusion...

      Un jour, j'avais 22 ans, j'ai passé des tests pour je ne sais plus quoi. Tiens-toi bien, il en ressortait que j'avais un QI d’amibe. Avec le temps et beaucoup d'efforts, j'ai peut-être maintenant un QI de palourde mais pas beaucoup plus.

      Tu ne crois pas qu'au pays du soleil levant ils sont particulièrement fermés au langage corporel ? Parce que quand-même, on peut dire des tas de trucs avec son corps ?

      (A moins que tu aies un QI corporel très bas - moi ça va sur ce plan-là, c'est la tête [alouette]).

      Sans rire, en dehors de maman, j'ai constaté les ravages de l’illettrisme en prison...

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  5. j'ai tout lu - suis sans voix. J'ai l'X fragile aussi je crois.

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    1. Pourquoi sans voix Mel ?

      Avoir l'X fragile dans ton cas comme dans le mien, ne nous empêche pas de nous exprimer ni de comprendre la plupart des choses, non ?

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    2. parfois quand c'est difficile, je reste sans voix, je n'ai pas de mot, je n'en reviens pas de ce que certaines personnes, en l'occurrence ici toi, traversent.....

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  6. Ouais mais tu ne nous dis pas si l'X fragile est récessif ou dominant ? En tous les cas cela ne t'a pas empêché d'avoir un sapré sens de l'humour (je me demande sur quel gêne se trouve cette disposition, à moins que ce soit une bosse du crane comme celle des maths). J'ai découvert une chose avec les tragiques événements de la semaine dernière et les infos dont on nous bassine, c'est qu'on peut avoir des problèmes de vue (décollement de rétine) qui soient d'origine psychosomatique)

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    1. La transmission est dominante liée à l'X, à pénétrance incomplète chez les filles. Un conseil génétique doit être proposé aux familles, expliquant le mode de transmission des mutations...

      J'ai des tas de bosses Lucie, souvenirs de mes chutes enfantasques ; peut-être que l'une d'entre elles, parfois (mais parfois non) génère de l'humour à mon insu.

      Je ne suis pas certaine que l'info sur le décollement de rétine soit avérée : on entend et on lit tant de choses.

      Les élections ont chassé l'A320 de la une (est-ce un mal ou un bien ???). En revanche aucun journal ne parle du printemps !

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  7. Toute bête et déficitaire que tu sois, tu es une grande pédagogue : tu as compris qu'on n'apprend bien, à toute âge, que lorsqu'on en a envie... Et j'ai connu des personnes illettrées (du fait de leur parcours de vie) que cela n'empêchait pas de se débrouiller très bien et d'avoir une grande intelligence par ailleurs. La plus grande manifestation de celle-ci étant de savoir très bien s'entourer...

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    1. Je suis de ton avis sur les personnes illettrées qui s'en sortent dans un domaine donné et qui sont effectivement intelligentes mais elles souffrent néanmoins de ce manque terrible. Il y en a encore et bien plus qu'on ne le pense.

      Il me semble qu'une certaine génération (celle de mes parents), lorsqu'elle avait terminé sa scolarité jusqu'au certificat d'études primaires (et en l'ayant obtenu), n'avait pas ce problème. En ce cas, elle savait lire pour la vie, c'était devenu un automatisme. Ma mère n'a pas eu cette chance et deux de ses sœurs non plus.

      Par contre, qu'aujourd'hui des enfants ne sachent pas lire (ou pas suffisamment pour évoluer) me rend malade. Je pense que l'école primaire n'a pas fait son boulot.

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  8. A mon humble avis la seule chose qu'il te reste à essayer c'est le placebo... cela ne coûte pas grand chose mais peut apporter beaucoup.
    J'ai aimé lire "Je lui en ai voulu." ce qui prouve que tu es maintenant "toi."
    Des photos qui respirent la joie de vivre même si c’était avant.
    Quand a l'"x" il est multiple,il sert à pas mal de choses même à signer... il m'est arrive de faire signer des "x." plus d'une fois et par des gens qui en connaissaient plus d'un rayon sur la vie.


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  9. Quand on est enfant, on est très conventionnel au fond, on aime bien être comme tout le monde et de constater que dans des familles bien plus modestes que la mienne, des mères savaient parfaitement écrire, ça me fichait en l'air même si ça n'a pas duré très longtemps, peut-être jusqu'à l'âge de 11 ans.

    Bien plus que les faits en eux-mêmes, il y a le regard des autres sur ces différences, le regard et le jugement. Par exemple, maman a été la première femme du quartier à passer son permis de conduire (et à conduire évidemment). Et bien les voisines étaient terribles avec moi ; elles n'auraient pas osé s'en prendre directement à ma mère. Mais par respect pour elle, je ne lui disais rien.

    Nous étions à cette époque, à cheval entre deux classes sociales. Mon père quittait doucement le monde ouvrier et dans ce premier quartier où j'ai vécu, c'était une faute impardonnable.

    Ma mère savait signer. Au dos d'une des photos qui illustrent le billet, il y a : Madame Andrée (ma mère s'appelait Andrée) et une date. Et c'est son écriture. Elle écrivait tout petit, comme si elle n'osait pas ou plus...

    Ce qui est paradoxal, c'est qu'elle s'exprimait parfaitement à l'oral, nous avons eu des conversations incroyables durant les trois dernières années de sa vie.

    "il m'est arrive de faire signer des "x." plus d'une fois et par des gens qui en connaissaient plus d'un rayon sur la vie".

    Ça rejoint ce que dit Lucie. Mais ça ne console pas les personnes illettrées qui pensent souvent qu'il est trop tard pour s'approprier (ou se réapproprier) les connaissances de base.

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