vendredi 14 novembre 2014

De l'autre côté de la route

Dans le  film de Wayne Wang, "Smoke",  Angie  prend chaque jour la même photo du coin de sa rue, par tous les temps, depuis treize ans.

A Paul, (un écrivain ravagé de chagrin depuis la mort de sa femme renversée par une voiture)  qui feuillette son album beaucoup trop vite et qui lui dit que ses photos sont toutes pareilles, il répond :

- Elles sont pareilles mais chacune est différente...

(et un jour en les observant avec attention,  Paul apercevra sur l'une d'elles, sa femme quelques secondes avant qu'elle soit heurtée par la voiture).

Depuis deux ou trois ans,  chaque jour je photographie ce que je vois de la fenêtre de la cuisine soit : l'autre côté de la route.
Parfois  la brume est telle qu'on n'y voit rien à 20 mètres. Ce sont les jours sans.
Quelquefois je zoome sur le poteau haute tension où les oiseaux (surtout des corbeaux) aiment se poser.

Je ne conserve évidemment pas tout mais seulement les plus signifiantes de mon état d'esprit du moment.  Ces images sont aussi une forme de témoignage sur le temps  qu'il fait et surtout celui qui passe.

Ainsi, certains arbres de la haie ont été soufflés par les tempêtes, le lac n'est visible que l'hiver et  la cabane des cochons est régulièrement déplacée ailleurs...

Ce matin j'ai vu les premiers étourneaux. Ils sont arrivés bien tôt cette année, habituellement les nuées ne commencent qu'en février.

Captures insignifiantes qui ne parleront probablement  à personne
mais qui rythment d'une certaine façon ma petite vie toute pourrie
solitaire.

Et j'imagine l'étonnement de celui (probablement mon plus jeune fils) qui trouvera ce dossier "De l'autre côté de la route" dans mon PC lorsque je ne serai plus ni d'un côté ni de l'autre de cette fichue route (le fils : ma mère était aliénée à ce point  ?).

Sans relation, il y avait environ 20 kg de châtaignes prêtes à consommer dans la réserve à bois. Elles ont dû tenter je ne sais quelle bestiole, il n'en reste plus qu'une. Ce qui est étonnant c'est qu'il n'y aucune trace de grignotage sur place, les petits chapardeurs ont tout emporté.
















5 commentaires:

  1. Je trouve l'idée très intéressante et tes photos toutes différentes et fort réussies.

    Pour ma part, je m'étais amusé à photographier entre octobre 2008 et octobre 2009 à peu près à la même heure et plusieurs fois par mois ce que je voyais depuis mon balcon mais sans recadrer ni changer d'angle ou de focale. De toutes ces photos, j'en ai sélectionné 13 photos regroupées dans un "album" visible ici : http://www.mirovinben.com/blog/index.php?pages/20091100a

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  2. Ephéméride tendre et mélancolique….voir loin,sans nuisances urbaines,un peu hors du temps,tu concrétises à merveille une belle idée.
    J'aime toutes tes photos mais la quatorzième a ma préférence.
    Bises en pluie

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  3. Des déménageurs de châtaignes chez toi!!!!
    Vite envoyez les gendarmes et l'hélico maintenant qu'ils abandonnent la chasse au tigre masqué….

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  4. J'aime beaucoup l'idée...je vais creuser!
    Les deux dernières photos sont celles qui ont ma préférence.

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  5. Si je devais n'en choisir qu'une ce serait celle en sépia piquetée qui semble sortie d'une vielle boîte à biscuits.
    Cette histoire de châtaigne disparues me fait sourire, il y a des petits êtres magiques par chez toi, comme dans la maison louée par le père dans "mon voisin Totoro" où ce sont les glands qui tombent et se promènent. Quant à Smoke, je lui ai moi aussi dédié un message, cependant je me rends compte que j'ai délaissé le site que j'aimais photographier :

    http://cergipontin.blogspot.fr/2007/12/cergy-saint-christophe-95-axe-majeur.html

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