jeudi 21 août 2014

Arrée


Petite précision : j'ai écrit ce texte avant que la saison des pluies qui ne cessent jamais, ne s'installe.
On est nettement moins mystique sous la flotte.
 

Pierres antiques et vitales à ceux venus avant l’ère d’aujourd’hui...


Pose tes mains sur la roche, caresse les souffles éteints depuis deux millions d’années, écoute les voix qui se mêlent au vent et te parlent. Tes oreilles ouvertes à leurs chants, à leurs cris, à l’appel ancestral.

Va, avance.

Déchausse-toi. La plante des pieds posée à plat sur le sol, immuable réceptacle des vies passées, foule la bruyère de la lande, appréhende là des pouces aux talons et essaie de sentir au long de tes jambes monter sa sève. Continue plus loin encore, laisse derrière toi ajonc, genêt ou myrtilles et arrive aux tourbières.



Ouvre-toi encore, tes sens peuvent bien plus, respire l’odeur de la sphaigne du dessus des sols, imagine le clapotis spongieux du dessous. Il descend jusqu’au ventre de la terre qui va t’engloutir si tu ne t’ouvres pas jusqu’à éclater, chaque parcelle de ton être disponible pour chaque parcelle, végétale, rocheuse, animale.



  Cours à droite, puis à gauche, retourne-toi, repars… Goûte fauvette et mulot, hibou des marais, bruant des roseaux et cet anneau froid qui s’évade du tambour de tes pas, vipérine présence.

Dénoue tes cheveux, les nœuds de ton corps, penche-toi parfois et des yeux effleure un mouron délicat, un millepertuis, une linaigrette ou un petit caillou rond et brillant. Celui-là il t’est permis de le cueillir.

Garde-le au creux d’une main et de l’autre, pousse la muraille des temps inventés, brise la chaîne qui te retient au monde des hommes et reste avec nous, gnomes des montagnes arrêtées.

Imprègne-toi de nos trésors.






10 commentaires:

  1. Très beau ton texte ,si loin de notre monde médiocre , tes photos apportent une résonance pour nos rêves d'évasion et de pureté.
    Bisous du crépuscule

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    1. Merci ma Cham.
      Certains lieux provoquent parfois ces sensations fugitives mais pour autant la médiocrité ou la laideur ne les épargnent pas partout.

      Je n'ai pas publié de photos du lac de Brennilis où la centrale nucléaire en "démantèlement" apparaît comme une énorme verrue non plus que de l'émetteur (historique !) de Roc'h Trédudon.

      Il faut choisir "ses beautés" et les déshabiller de ce qui pourrait les encombrer...

      La vie à l'intérieur de soi et la contemplation (tout peut faire l'affaire en ce domaine, du vol d'une buse à un bégonia ployant sous les gouttes de pluie) : je crois que c'est tout ce qui reste aux personnes déchirées (ou trop sensibles...).

      POURQUOI UN BLOG ALORS ???

      Tendresse à toi

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    2. Un blog….c'est une petite marque,une empreinte pour se souvenir et pour le plaisir de certaines visites,non?
      Bises d'une piquée,je me fais boulotter par les tigres,craignent rien ces bestiaux!!!

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    3. C'était plaisanterie (ou presque...) la question finale.

      Pauv' gosse avec les tigres. Heureusement qu'il n'y a pas de crocodiles piqueurs dans ton Sud, tu n'y survivrais pas !

      Ici tu vois, il pleut.
      Toujours et encore.
      Mais on n'a pas vu un moustique de l'année.

      Présentement, j'en suis toujours aux frelons qui semblent sortir de nulle part (les portes sont fermées parce qu'il pèle un peu aussi dehors) et ils arpentent à pied, le sol de la maison pour essayer de se diriger vers la lumière.

      Je pense qu'ils doivent venir du poêle (le nid asphyxié est dans le haut du tubage) en principe hermétique lorsque l'arrivée d'air est fermée.

      Ils sont bizarres, ils penchent la tête vers l'avant, ils culbutent, se rétament, se remettent d'aplomb et ils recommencent.

      Hier il y en a eu 12. Ça fait beaucoup même s'ils ne présentent aucune agressivité. J'ai quand-même peur pour Julle qui joue avec.

      Je les balaye doucement dans une petite pelle et je m'en vais les porter dehors où ils ne s'envolent pas davantage. Ils finissent par mourir. J'ai remarqué que les merles venaient piquer les cadavres : bravo les merles hein ?

      C'est un grand mystère devant l'éternel ma Cham, toute cette histoire.

      Non ?

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    4. Il est venu le petit ramoneur?
      Pauvres frelons qui se voulaient insectes de compagnie….nous ne voulons pas les domestiquer….z'ont qu'à faire du miel!
      Aujourd'hui vrai jour d'été avec soleil ,pas de vent ,cigales et CHALEUR,ça fait du bien aux touristes tout piqués par les moustiques!
      Caresses de moi et de Chiquita qui veut taper sur le clavier t qui me met ses poils dans le nez!

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    5. Le ramoneur (et couvreur de toits) ne viendra que lorsqu'il sera certain que toutes les bestioles sont mortes...

      C'est à ce point les moustiques ? Je veux des preuves !

      Tu as de la chance pour l'été (ah là là).

      Câlins les filles -:)

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  2. Comme j' aime tes lignes et comme j' aimerais découvrir cet endroit
    À ma prochaine venue en Bretagne ...j' irai ,Je suis sure que j' aimerai ... les grans horizons et leur histoire me fascinent ..Mes racines familiales sont en Aubrac ...bien sur c' est mieux sous le soleil...comme partout ...mais j' aime me planter entre le zéro et l' infini ...:-)
    De tout coeur je t' embrasse

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    1. Mes lignes sont un peu sublimées Mathilde... Et les Monts d'Arrée vraiment peu étendus à côté de l'Aubrac.

      Peut-être que ce qui leur donne cette dimension, c'est la très forte identité du territoire.

      Il y a l'immense pauvreté des terres, leur allure tellement désolée, l'isolement lié à la rareté des lieux bâtis et cette résistance exacerbée des habitants de la "montagne" comme on dit ici, parce qu'ils ont toujours dû se battre contre à peu près tout.

      L’âpreté du climat n'est pas une légende, il y fait réellement beaucoup plus froid et les précipitations y sont bien plus importantes qu'ailleurs en Finistère.

      Là où j'habite, en 1996 et en 2009-2010, nous avions été bloqués plus de dix jours par la neige. Qui imaginerait ça en Bretagne ?

      Mais malgré tout ça, c'est vrai que c'est une région qui prend aux tripes aussi bien par son "intensité" que tout ce qu'elle véhicule de légendes.

      Depuis hier matin il pleut sans discontinuer, des barres de pluie, et ma maison est en schiste, la pierre qui pleure comme on dit ici. Et bien en ces périodes de longues pluie (qui peuvent durer des jours et des jours),
      je me demande parfois ce que je suis venue faire ici...

      Du 0 à ∞ ∞ ∞ ∞ ∞ ∞, je t'embreizh.

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  3. Wouah!!!!!!!!!!!
    Dès que j'ai un peu de temps , je reviens mieux te connaitre
    Superbe texte

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