samedi 12 avril 2014

Samedi 12 avril 2014.

Durant des années, nos corps nous ont accompagnées, vaillants petits soldats si peu exigeants.
Ils  obéissaient, toujours prêts à faire nos quatre volontés. Ils semblaient même comprendre notre énergie profonde, notre détermination et jusqu'à nos désirs.
Bien sûr il y eût parfois des réticences, tu m'en demandes trop, fais un peu attention à moi. Mais bon an-mal an, notre fermeté mentale et nos forces vives s'étaient toujours accordées.
Ils participaient à toutes nos joies.

Et puis un jour la souffrance s'installe et nous avons beau faire les gestes du croyant, nous laisser aller de temps à autre à la plaisanterie, une chose est sûre, la douleur mobilise pratiquement en permanence notre attention. Elle ne laisse de place à rien d'autre.

De temps à autre, pendant quelques minutes, elle s'atténue ou même encore elle semble disparaître. Mais c'est pour mieux "te manger mon enfant" et redoubler l'instant d'après par d'autres chemins que nous ne connaissions pas. Elle nous fait payer le plus petit écart à l'immobilité, elle nous fait douter des diagnostics posés. Elle instaure la peur, la panique.

Alors nous oublions les mouvements anciens de ce corps autrefois complice, que nous avons peut-être négligé, dont dont nous avons cru qu'il serait fiable jusqu'au bout.

Au point qu'il nous semble parfois vivre auprès d'un étranger qui nous aurait trompée toute notre vie.

Et je pense en ce jour qui explose de lumière, en ce jour où je vais revoir une personne tant aimée, à tous les pétrifiés.

Parce que la douleur pétrifie.

Rochers de Kerlouan

3 commentaires:

  1. Ton texte est magnifique et terrifiant.
    Pour l'instant je te comprends de "l'extérieur" mais un jour ce sera peut-être mon tour,et je mesure à chaque instant ma chance.
    Belles journées à venir
    Douces pensées

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  2. Une main se pose, une main partage...

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